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LA GUERRE.
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ordonner la retraite et Skobelef désespéré abandonna les
positions conquises. C’était un désastre; non pas qu'Osman-
pacha, afïaibli par la bataille et privé de secours fut capable
de prendre l’offensive ; mais le succès de l’invasion russe
était compromis : comment reprendre la marche par les
Balkans, avec Plevna sur la droite, et le quadrilatère bien
défendu sur la rauche.
D’autres échecs en Asie aggravaient encore la situation.
Au sud du Caucase, le grand-duc Michel et le général Loris
Mélikof avaient devant eux Mouktar-pacha, à la tête de
100.000 hommes. Une colonne russe, maltraitée au bord de
la mer Noire par le tir des vaisseaux turcs, ne put enlever
Batoum. L’armée principale prit Ardagan, pendant que
l’aile gauche entrait dans Bayazid ; Kars, objectif de cette
campagne, était investi. Mais Mouktar-pacha remporta, le
21 juin, la victoire de H alijas sur cette aile gauche, le 25
juin celle de Zewin sur le centre russe. Melikof fut encore
battu le 25 août à Kysil-Tapa, et le sultan donna à Mouktar-
pacha le glorieux surnom de Ghazi ou Victorieux. Les
Russes repassèrent la frontière, emmenant avec eux un
grand nombre d’Arméniens qui redoutaient la vengeance
des Turcs. Les populations musulmanes du Caucase, encore
mal soumises, s’agitèrent et il fallut y envoyer des troupes
pour y rétablir l'ordre.
Les Russes ne pouvaient plus espérer conduire contre les
Turcs une campagne de surprise ; il leur fallait reprendre
les opérations sur de nouveaux plans, ne plus rien laisser
au hasard, appeler tous les contingents disponibles, même
la garde impériale. Ce furent les résolutions prises au grand
conseil de guerre du 15 septembre. En attendant l’arrivée
des nouvelles armées, ils durent contenir les Turcs du qua
drilatère, et, pendant quelques semaines, il sembla que
Méhémet-Ali allait tirer toutes les conséquences des victoires
d’Osman-pacha et achever la défaite des envahisseurs ; il y
fût peut-être parvenu s’il n’avait été gêné par l’opposition
des autres généraux turcs, jaloux de son autorité ; il s’en
tendait mal en particulier avec Achmet-Eyub, l’ancien géné
ralissime, devenu son lieutenant à l’aile droite, et il était
l’ennemi personnel de Suleïman-pacha, le chef de l’armée
de Roumélie.
Il fit pourtant des efforts très louables. 11 eût voulu se
rapprocher des Balkans pour s’appuyer sur l’armée de
Suleiman : Achmet-Eyub préférait, le long du Danube,
E. Driault. — Question ¿'Orient. 15