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LA GUERRE DES BALKANS.
tenter de couper la retraite des Russes. Malgré ces dissen
timents, malgré la mollesse de certains généraux, comme le
prince égyptien Hassan, qui traînait avec lui un luxe encom
brant, Méhémet battit les Russes du prince héritier à Kacel-
jevo le 5 septembre, à Verboka-Carkiœi le 21, et réoccupa
toute la ligne de Lom. Faisant alors toutes les concessions
possibles à Achmet-Eyub, il voulait pousser plus loin, mar
cher sur Biela, tendre la main à Osman-pacha, peut-être
rejeter les Russes sur la rive gauche du Danube, achever
ainsi la campagne. Son activité fut impuissante à secouer
l’inertie de ses rivaux, à arracher ses troupes à leur répu
gnance pour l’offensive. Il fut bientôt victime des intrigues
du sérail ; il fut destitué de son commandement, remplacé
par Suleïman-pacha ; celui-ci laissa son armée devant
Chipka, vint se mettre à la tête des troupes du quadrilatère ;
pour ne pas faire comme son prédécesseur détesté, il ramena
les Turcs sur la rive droite du Lom et attendit les évène
ments. Qui sait quel aurait été le sort de la campagne, si
les Ottomans avaient été mieux commandés ?
Les Russes eurent le temps d’amener 300.000 hommes
autour de S'"tova et de préparer l’investissement de Plevna.
Il ne s’agissait plus d’enlever la place de vive force, mais
de la réduire par la famine. Car, dans ses retranchements
improvisés, Osman-pacha n’avait pas pu amasser d’abon
dantes ressources. La direction du siège fut confiée à Todt-
leben, le défenseur de Sébastopol en 1855. Il entoura la
ville d’ouvrages bien garnis de canons. Gourko, revenu de
Russie à la tête d’une petite armée très légère, enleva
Lowatz au sud, Telisch au sud-ouest, coupa toutes les com
munications avec Sofia, jeta ses cavaliers à travers la cam
pagne pour arrêter les vivres, acheva d’enfermer Plevna
dans un cercle impénétrable. 120.000 Russes enserrèrent
les Turcs sur les deux rives du Wid, le grand-duc Nicolas
et les Roumains à droite, le général Ganjecki à gauche.
Cependant Todtleben, sûr du résultat scientifiquement pré
paré, songeait au lendemain, éclairait la route de Troïan et
celle de Gabrova vers les Balkans, concentrait toutes les
troupes légères sous Gourko ; la ville et l’armée turque
prises, on marcherait d’une irrésistible poussée par les
montagnes, vers Andrinople, vers Constantinople; on frap
perait sur la Turquie le coup de grâce.
Les approvisionnements d’Osman-pacha ne pouvaient
soutenir son armée que jusqu’au commencement de décem-