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LA GUERRE DES BALKANS.
descendit le fleuve jusqu’à Reni, auprès de Galatz, en terri
toire russe. De là, sur ordre supérieur, les deux princes
furent expédiés à Lemberg en Autriche, entre des gen
darmes.
Les Bulgares, indignés de cette violation du droit des
gens, chassèrent les chefs du parti russe, Zankof, le métro
polite Clément, formèrent un gouvernement provisoire, sous
la direction de Stamboulof, rappelèrent Battenberg par télé
gramme. Il rentra quelques jours après, au milieu d’accla
mations unanimes. Il adressa au tsar une dépêche très
humble, ne demandant de lui que le désaveu de la conspi
ration. Le tsar répondit en le menaçant de sa vengeance.
Dans l’intérêt de la Bulgarie, le prince céda à cette haine
acharnée ; il forma une régence sous la présidence de Stam
boulof, fit à son peuple des adieux émus et s’éloigna défini
tivement (7 septembre 1886).
Le parti russe n’en était pas moins vaincu. Le régent
Stamboulof prépara l’élection d’un nouveau prince. Wal
demar de Danemark refusa cette couronne ; le Sobranié
élut, le 7 juillet 1887, le prince Ferdinand de Saxe Cobourg-
Gotha, petit-fils de Louis-Philippe par sa mère, officier
dans l’armée austro-hongroise, appuyé par l’Autriche et
par l’Allemagne. Cette intervention du prince de Bismarck,
qui ne resta pas secrète, détermina le tsar à rompre avec
l’Allemagne et à se rapprocher de la France.
Ferdinand et son principal ministre Stamboulof luttèrent
quelques années contre les tentatives et les conspirations
du parti russe. Stamboulof y gagna une réputation de
cruauté en partie méritée ; il excita notamment de violentes
haines par l’exécution du major Panitza en 1890.
Ce barbare pourtant a bien mérité de la Bulgarie ; il l’a
arrachée au danger de la tutelle étrangère ; il lui a donné
la conscience de sa nationalité, de sa personnalité ; il l’a
fait vivre de ses propres forces, a fortement trempé son
énergie au milieu des embûches où se débattaient ses pre
mières années. Il l’a jetée très vite et très résolument dans
la voie de la civilisation, et par lui elle est devenue le plus
prospère et le plus robuste des états balkaniques.
Peu à peu les passions s'apaisèrent. Ferdinand se sépara
de Stamboulof, qui fut assassiné en 1895 par les vengeurs
de Panitza. Il chercha à se rapprocher de la Russie, après
la mort d'Alexandre III ; il fit baptiser son fils Boris dans
la religion orthodoxe, et le tsar Nicolas II accepta d’être le