Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

250  EN  EUROPE.  —  ARMÉNIE.  —  CRÊTE.  -  MACÉDOINE.
Les  Arméniens,  fatigués  d’attendre  les  preuves  de  la  sollicitude ­
  du  sultan,  firent  présenter  par  leur  patriarche  de
Constantino^,le  aux  ambassadeurs  des  puissances  le  résumé
de  leurs  vœux  :  ils  demandèrent  un  régime  analogue  à  celui
de  la  Crète  et  du  Liban,  un  vali  chrétien,  sous  lui  des  agents
chrétiens  ou  musulmans  selon  les  districts,  une  fixation
régulière  de  l’impôt,  qui  serait  partiellement  consacré  à  la
construction  de  routes  et  d’écoles,  une  gendarmerie  indigène ­
  capable  de  mettre  les  villages  arméniens  à  l’abri  des
pillards  Kurdes.  Ils  voulaient  aussi  la  constitution  d’un  conseil ­
  provincial  élu  au  suffrage  universel,  chargé  surtout  de
la  répartition  des  charges  de  l’impôt  et  de  l’élaboration  d’un
plan  de  travaux  publics.  Ils  sollicitaient  enfin  la  création
d’une  commission  européenne  de  contrôle.
Le  gouvernement  anglais  ne  les  encouragea  pas  à  maintenir ­
  leur  demande  d’une  assemblée  élue,  le  mélange  des
races  et  des  religions  devant  rendre  difficile,  dangereux
peut-être,  du  moins  pour  le  moment,  l’établissement  d’un
régime  représentatif;  ils  devaient  se  montrer  satisfaits  si
on  réussissait  à  les  délivrer  du  triple  joug  du  préfet,  du
collecteur  d’impôts  et  du  juge  concussionnaire.  Sous  ces
réserves,  il  engagea  avec  les  autres  gouvernements  européens ­
  des  négociations  sur  la  question  :  elles  n’aboutirent
pas  ;  l’Angleterre  avait  sans  doute  assez  fait  pour  légitimer
l’occupation  de  Chypre.
La  Russie  se  montrait  déjà  mal  disposée  à  l’égard  de
l’Arménie;  elle  craignait  désormais  que  les  Anglais  ne
voulussent  la  dresser  comme  une  barrière  contre  ses  empiétements. ­
  Elle  était  devenue  aussi  hostile  à  la  politique  des
nationalités  qu’elle  y  avait  été  jadis  favorable;  elle  voyait
la  Bulgarie  se  lever  contre  elle,  et  elle  redoutait  le  même
danger  du  fait  d’une  Arménie  indépendante,  ou  même  seulement ­
  autonome,  créature  et  comme  vassale  de  l’Angleterre. ­
  «  Nous  ne  voulons  pas  d’une  Bulgarie  arménienne  »,
disait  volontiers  le  chancelier  russe,  le  prince  Lobanof.  Il
fallait  à  la  Russie  le  chemin  libre  au  sud,  vers  l’Euphrate  et
vers  la  Perse,  et  elle  appliqua  aux  Arméniens  de  la  Caucasie,
avec  moins  de  violence  pourtant,  la  terrible  politique  de
centralisation  qu  elle  avait  suivie  en  Pologne  et  qui  nivelait
impitoyablement  tous  ses  sujets  sous  le  même  joug  de  l’administration ­
  impériale.  Comment  eût-elle  travaillé  à  l’autonomie ­
  de  l’Arménie  turque  ?
Aussi  bien,  les  Arméniens  en  général  devenaient  trop
            
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