Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

2õ8 EN EUROPE. - ARMÉNIE. - CRÈTE. — MACÉDOINE. 
le « sultan assassin ». Cette épithète n’est peut-être pas 
encore suffisante ; car c’est à environ 150.000 que s’élève 
le nombre de ses victimes : la guerre franco-allemande de 
1870-1871 ne fut pas beaucoup plus affreuse à cet égard. 
M. Vandal a pour jamais fixé au front de l’auteur de ces 
monstruosités l’épithète de « Sultan Rouge ». 
Comment l’Europe a-t-elle pu laisser commettre un 
pareil crime, auquel l'iiistoire, depuis le moyen âge, n’offre 
rien de comparable? Ce sera une des surprises de la pos'é- 
rité. Peut-être la maladie et la mort d’Alexandre III en 1894, 
la mort du prince Lobanof en 1896 expliquent-elles en par 
ticulier l’inaction de la Russie, d’ailleurs mal disposée 
pour les Arméniens ; mais il n’apparaît pas que, dans ce 
désarroi du gouvernement russe, le gouvernement français 
ait pris l’initiative des mesures nécessaires, ni qu’il ait saisi 
cette occasion de manifester par des actes l’accord franco- 
russe. En Angleterre seulement, l’opinion publique, en des 
meetings bruyants, exprima son indignation. Le gouver 
nement britannique tenta d’obtenir des puissances une in 
tervention efficace : le 16 septembre 1896, il proposa de 
déclarer au sultan que « la continuation de la mauvaise 
administration de son empire impliquerait pour lui-même 
la perte de son trône ». Le 21 octobre, il communiqua aux 
autres cabinets un memorandum rappelant les engagements 
pris par le sultan et contenus dans le traité de Rerlin, et 
indiquant la nécessité de supprimer, par la force au besoin, 
les vices qui font tomber en ruines l’empire turc L Ce 
memorandum n’eut aucun succès. L’ambassadeur de France 
à Constantinople était pourtant d’avis, lui aussi, que l’ère 
des représentations verbales ou écrites paraissait décidé 
ment close, et que « seul l’envoi de cuirassés dans la Corne 
d’or par les six grandes puissances donnerait au sultan l’im 
pression d’un véritable concert européen ». Mais le gouver 
nement français se défiait de la politique de lord Salisbury : 
il le soupçonnait, à le voir ainsi pousser au démembrement 
de l’empire ottoman, de chercher une occasion de garder 
définitivement l’Egypte. 
A la politique représentée par l’Angleterre, le gouverne- , 
ment français, après le voyage de l’empereur de Russie à 
Paris en octobre 1896, opposa celle de l’intégrité de l’em 
pire ottoman ; il réussit à l’établir comme une des bases 
1. Livre Jaune, ARa^res arméniennes, p. 277.
	        
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