264 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE.
Mais celle-ci trduvait au contraire la convention de
Halepa insuffisante, puisqu’elle n’avait pas empêché le
retour des abus ; elle exigeait d’autres garanties ; elle voulait
que le gouverneur-général fût toujours chrétien, nommé
pour cinq ans par le sultan avec l'agrément des puissances,
qu’il eût le droit de veto sur les délibérations de l'Assemblée,
qu'il nommât tous les fonctionnaires de l’ile, qu'il eût
la disposition des troupes de garnison, que la langue
grecque fût la seule langue officielle du pays, que la Crète,
sauf un tribut à la Porte, pût disposer de ses revenus pour
l’amélioration de ses intérêts économiques, que ces modifications
à la convention de Halepa fussent placées sous le
contrôle des grandes puissances
Quelques-uns ne voyaient de salut que dans l’annexion à
la Grèce, et les comités d’Athènes les encourageaient à n’accepter
aucun compromis. Un grand nombre de volontaires
grecs continuaient à venir au secours des insurgés, apportant
des armes et des munitions. Les chrétiens de la montagne,
autour des députés qui n’étaient pas encore partis
pour La Canée, formaient une assemblée insurrectionnelle,
organisaient un gouvernement provisoire. Le roi Georges
et ses ministres, pressés par l’opinion publique de jour en
jour plus fiévreuse, manifestaient l’intention d'envoyer un
cuirassé dans les eaux crétoises. De nombreux officiers et
soldats de l’armée régulière quittaient les rangs, et cette
« désertion héroïque », qui sans doute leur serait pardonnée,
leur permettait d’aller servir en Crète la Grande-Idée.
D’autres se formaient en bandes sur la frontière turque,
entraient en Épire, en Macédoine, tentaient de soulever
toutes les populations helléniques contre l’oppresseur
musulman. Il devenait de plus en plus difficile d’empêcher
un conflit entre la Grèce et la Turquie.
Les ambassadeurs des puissances à Constantinople y
firent pourtant un nouvel effort. Le 25 août I89ô, ils obtinent
de la Porte un arrangement qui donnait une satisfaction
presque entière aux réclamations des chrétiens de Crète,
le sullan promit de nommer Berovitch-pacha gouverneurgénéral
pour cinq ans, et même, pour donner une marque
toute particulière de ses bonnes dispositions, de l'élever au
rang de vizir. Les ambassadeurs, en exécution de celle nouvelle
convention, étudièrent l’organisation de la gendarme-1.
Livre Jaune, î, n" 224, 16 juillet 1896.