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268 EN EUROPE. — ARMÉNIE. — CRÈTE. — MACÉDOINE.
ordinaire, les passions patriotiques si exubérantes qu’elles
paraissent capables de tenir lieu de nombreuses armées,
d’accomplir des miracles. Les rivaux des Grecs dans les
Balkans s’eiïrayent, redoutent leur triomphe, prennent déjà
des précautions en conséquence. Le gouvernement serbe
déclare : « Nous sommes pour le statu quo, mais le statu
quo pour tous ; des avantages consentis à l’un ou à l’autre
nous feraient un devoir de revendiquer des avantages équi
valents ». A Uskub en Macédoine des troubles éclatent; des
Albanais, que le sultan appelle à la frontière grecque, jettent
la terreur sur leur passage. Le roi Alexandre de Serbie va
à Sofia, y est reçu cordialement par la population bulgare
et le prince Ferdinand, prend avec celui-ci des arrange
ments pour le cas où les Grecs entreraient en Macédoine.
Qui donc en effet sera capable, s’ils sont vainqueurs, de
localiser la guerre ?
L’empereur allemand s’emporte contre eux en une grande
colère ; il court chez l’ambassadeur de France à Berlin, M.
de Noailles, et propose de bloquer sans délai le Pirée et les
côtes de la Grèce ; il ne prendra part à aucune autre mesure
et n’admet pas que l’Europe use de ménagements à l’égard
d’un peuple qui, si légèrement, provoque ses voisins et trou
ble la paix générale. Le gouvernement anglais au contraire
recherche les moyens de permettre au roi de Grèce de rap
peler ses troupes et ses vaisseaux de Pile de Crète, sans
exciter l’irritation de son peuple. Il propose, le 17 février,
de proclamer l’autonomie de la Crète sous la suzeraineté
du sultan : ce ne serait que la consécration décisive des
intentions des puissances sur File, car le règlement du
25 août 1896 lui donnait déjà une autonomie presque abso
lue. Dès lors le gouvernement hellénique n’aura nulle raison
d’y maintenir ses troupes et pourra même se féliciter d’avoir
hâté ce résultat. Le gouvernement français adopte immé
diatement cette manière de voir, et le ministre des affaires
étrangères, M. Hanotaux, déclare le 22 février à la Chambre
des Députés que la Crète va être « remise en dépôt par le
sultan entre les mains de l’Europe, et qu’elle jouira désor
mais d’une administration autonome, sous la suzeraineté de
ia Porte ».
Dès lors, la Grèce est sommée de rappeler ses troupes.
Elle répond que le régime autonome ne sera pas plus effi
cace que les différents systèmes expérimentés jusque-là
sans succès dans l’île, que l’anarchie continuera à ravager