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LA DEUXIÈME GUERRE DES BALKANS (1912-1913).
SOUS le nom de Constantin XII. Le 26 mars, Andrinople
succomba, après un violent assaut, auquel prirent part
ensemble les Bulgares et les Serbes. Le 23 avril, un der
nier coup de théâtre : le défenseur turc de Scutari, Essad-
pacha, traite avec le roi de Monténégro, lui livre la place,
se proclame un moment roi d’Albanie. L’Autriche, furieuse
de ce qu’elle appelait une comédie, faillit entrer en cam
pagne. Les puissances purent la contenir; mais le Monté
négro dut consentir à abandonner Scutari et à la remettre
à une occupation internationale.
La conférence des ambassadeurs de Londres, en présence
de la gravité exceptionnelle de la situation, redoubla d’ac
tivité ; le 30 mai, elle amena tous les belligérants à signer
les préliminaires de Londres.
La Turquie d’Europe disparaissait presque entièrement.
Les Turcs perdaient Andrinople, ne gardaient que Cons
tantinople, et les détroits du Bosphore et des Dardanelles,
avec une étroite côte au nord de la mer de Marmara, à
peine de quoi s’y défendre. — L’Autriche obtenait quelque
satisfaction, barrait aux Serbes la route de l’Adriatique par
la constitution d’une Albanie autonome, sur laquelle elle
se réservait sans doute une espèce de protectorat. Le gou
vernement italien était d’accord avec elle pour rejeter la
Serbie à l’intérieur de la péninsule balkanique ; cependant
il était entendu que la Serbie aurait un débouché com
mercial sur l’Adriatique. — Enfin les îles de la côte d’Asie
Mineure (le Dodécanèse) étaient prises sous la haute auto
rité des grandes puissances qui en régleraient ensuite les
destinées.
Restait à partager le butin conquis par les alliés. L’al
liance n’y résista pas.
Ceux qui connaissaient bien la situation politique de la
péninsule des Balkans n’ont pas été surpris de la fragilité
et de la dissolution de cette alliance. Elle n’était pas plus
viable que la confédération italienne rêvée par Napoléon III
au lendemain de Solférino et où il pensait accorder les
Bourbons de Naples, les Habsbourg de Toscane ou de Ve
nise, la maison de Savoie et la papauté. Il y a les mêmes
divergences d’intérêts entre les États balkaniques, la même
rivalité d’influence. En somme, en dehors du Monténégro,
les trois puissances balkaniques, Bulgarie, Serbie, Grèce,