Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

290  EN  EUROPE.  —  ARMÉNIE.  —  CRÈTE.  —  MACÉDOINE.
de  Sofia;  ailleurs,  par  Egri-Palanka,  ils  avançaient  sur
Kustendil.  Les  Grecs,  remontant  irrésistiblement  la
Strouma,  remportaient  la  brillante  victoire  de  Simitli,
s’engageaient  dans  les  hautes  vallées  du  Rilo-dagh  qui
dominent  Sofia  vers  le  Sud  ;  ils  voulaient  venger  les  malheureuses ­
  populations  massacrées  par  les  Bulgares  ;  ils  étaient
exaltés  à  leur  tour  par  leurs  succès  ;  ils  criaient  avec  leur
roi  :  <c  A  Sofia  !  A  Sofia  !  »
Les  Roumains,  auxquels  les  Bulgares  ne  pouvaient  opposer
aucune  résistance,  occupaient  toute  la  Bulgarie  jusqu’au
Balkan  ;  leurs  avant-gardes  apparaissaient  à  quelques
kilomètres  au  nord  de  Sofia.
Les  Turcs  enfin  n’avaient  pas  manqué  de  profiter  de
circonstances  aussi  inespérées.  Sans  rencontrer  personne
devant  eux,  sans  s’émouvoir  du  reproche  qu’on  leur  faisait
de  violer  le  traité  de  Londres,  ni  de  la  menace  platonique
qu’on  leur  faisait  de  les  en  punir,  ils  sortirent  des  lignes
de  Tchataldja,  occupèrent  Lulé-Bourgas,  Kirk-Kilissé,
Andrinople.  Les  populations  —  singulier  retour  des  choses  I
—  les  accueillaient  comme  des  libérateurs  ;  car  l’occupation ­
  bulgare  avait  été  lourde,  souvent  cruelle  ;  une  délégation ­
  des  habitants  d’Andrinople  fut  envoyée  dans  les
capitales  européennes  pour  exprimer  leur  désir  de  rester
sous  la  domination  ottomane.  D’ailleurs  tout  ce  pays  est  en
grande  partie  musulman,  et  la  doctrine  des  nationalités
trouve  satisfaction  à  ce  qu’il  appartienne  à  la  Turquie.
La  Bulgarie  était  réduite  aux  dernières  extrémités,
menacée  d’un  écrasement  total,  si  elle  s’obstinait  à  lutter
encore.  Elle  s’avoua  vaincue,  demanda  à  traiter.
Les  négociations  eurent  lieu  à  Bucharest,  sous  la  direction ­
  du  gouvernement  roumain  qui  avait  été  dans  cette
crise  le  maître  des  événements.  Les  conférences  s’ouvrirent
le  31  juillet  ;  elles  furent  rapidement  menées  :  le  traité  de
Bucharest  fut  signé  le  10  août.
Il  complète  en  somme,  sur  les  principaux  points,  le
traité  de  Londres,  puisqu’il  règle  le  partage  des  provinces
que  ce  traité  avait  enlevées  à  la  Turquie  :  —  La  Roumanie
obtint  satisfaction  ;  elle  eut  une  importante  rectification  de
frontière  au  Sud  de  la  Dobroudja  ;  elle  eut  Silistrie  et  la
ligne  Turtukaï-Baltchik,  interdisant  à  la  Bulgarie  toute
fortification  dans  la  région  voisine,  en  sorte  que  le  quadrilatère ­
  bulgare  Silistrie-Varna-Routchouk-Cboumla  se  trouve
            
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