Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

294  EN  EUROPE.  —  ARMÉNIE.  —  CRÈTE.  —  MACÉDOINE.
dont  il  faut  désormais  tenir  compte.  La  Grèce  apparaît
comme  une  rivale  de  Tltalie  dans  la  Méditerranée  orientale ­
  ;  son  nouveau  roi  s’est  intitulé  Constantin  XII,  se  donne
pour  l’héritier  du  dernier  empereur  grec  de  Constantinople,
revendique  donc  Constantinople  qui  est  peuplée  de  beaucoup ­
  de  Grecs,  proclame  un  peu  naïvement  son  ambition
de  restaurer  à  son  profit  l’ancien  empire  d’Orient.  La  Grèce
pourra-t-elle  porter  le  poids  d’une  pareille  politique  impériale ­
  ?  Rappelons  qu’avec  ses  dernières  conquêtes,  elle  est
peuplée  de  4  à  5  millions  d’habitants.
L’avenir  de  la  Bulgarie  est  mystérieux  ;  il  était  admirable ­
  il  y  a  trois  mois,  il  semble  compromis  aujourd’hui  ;
mais  elle  a  montré  depuis  trente-cinq  ans  des  qualités
extraordinaires  qui  sans  doute  lui  assureront  un  rapide
relèvement.
La  Serbie  n’a  pas  d’avenir  vers  le  Sud  ;  elle  ne  peut
s’achever  que  par  la  Bosnie  ;  ses  destinées  sont  ainsi  rattachées ­
  à  celles  de  l’Autriche-Hongrie.
La  Roumanie  vient  de  jouer  un  grand  rôle,  et  sans
effort  ;  elle  demeure  intacte  en  ses  ressources,  grandie  en
son  prestige  presque  au  rang  des  grandes  puissances.  Son
avenir  est  vers  la  Transylvanie,  où  il  y  a  trois  millions  de
Roumains,  la  moitié  de  la  population  de  la  Roumanie
même  ;  ses  destinées  sont  attachées  aussi  à  celles  de
l’Autriche-Hongrie.
En  somme,  le  résultat  capital  de  la  crise  dernière,  c’est
l’avènement  des  États  balkaniques  à  une  réelle  indépendance, ­
  à  la  capacité  d’un  grand  rôle  militaire  et  politique.
Il  est  trop  tôt  pour  mesurer  les  conséquences  d’une  telle
nouveauté.  En  tout  cas,  il  est  possible  de  dire  que  tous  les
Slaves,  de  la  Russie  à  la  Bohême,  ont  célébré  les  victoires
des  Balkaniques  comme  des  victoires  de  toute  la  race.  Les
Slaves  de  l’Autriche  Hongrie,  qui  sont  25  millions,  la  moitié
de  la  population  de  l’Empire,  y  ont  pris  une  conscience
plus  haute  de  leurs  droits  nationaux  ;  il  faudra  que
l’Autriche-Hongrie  leur  donne  satisfaction  et  qu’elle
devienne  slave  ;  elle  peut  en  mourir.  Albert  Sorel  écrivait
il  y  a  vingt-cinq  ans  :  «  Voilà  un  siècle  que  l’on  travaille
à  résoudre  la  question  d’Orient.  Le  jour  où  l’on  croira
l’avoir  résolue,  l’Europe  verra  se  poser  inévitablement  la
question  d’Autriche.  »  C’était  une  prophétie.
Les  armements  récents  de  l’Allemagne  ne  sont  pas  sur-
            
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.