LE PLATEAU DE L’IRAN.
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sur l’influence étrangère, surtout sur celle de la Russie plus
voisine et comme destinée partout à l’héritage des souve
rains turcomans. Le petit-fils de Feth-Ali, Mohammed-shah,
a régné de 1834 à 1848 dans l’indolence où se plaisent ces
maîtres de l’Orient, quand ils ne peuvent plus conduire
leurs guerriers aux retentissantes expéditions de pillage.
Son fils Nasr-ed-din (1848-1896) a montré un esprit ouvert
à la civilisation occidentale qu’il n’admirait d’ailleurs que
par ses petits côtés, a fait plusieurs voyages en Europe,
reçu à sa cour des voyageurs et des savants, surtout fran
çais, permis àM. et M“*Dieulafoy en particulier de retrouver
les anciens monuments de la Perse, de raviver ainsi les
souvenirs de sa grandeur. Il n’a fait qu’exalter par là le
fanatisme des mollahs et derviches musulmans, comme
aussi la haine des Persans pour la dynastie étrangère.
Cette double opposition religieuse et nationale a donné
naissance à un très curieux mouvement qui a quelque res
semblance avec la formation, chez les Ottomans, du parti
jeune-turc. C’est le babisme.
Son fondateur, Ali-Mohammed, naquit à Chiraz, au cœur
de la Perse, en 1812, et se donna pour un descendant d’Ali.
Très savant et très pieux, il eut une grande autorité parmi
les siens à la suite d’un pèlerinage à La Mecque, Ses prédi
cations, ses conférences publiques ou secrètes attirèrent
autour de lui de nombreux partisans. Il fut bientôt consi
déré comme un Mahdi, c’est-à-dire comme une nouvelle
incarnation du Messie promis par le Coran et se fit appeler
le Bab, c’est-à-dire la Porte par laquelle seule on peut par
venir à la connaissance de Dieu. Ses disciples, répandus
très vite à travers toute la Perse pour y porter la foi nou
velle, furent les babys.
En conservant le dogme essentiel de l’Islam, la croyance
en un Dieu unique et en l’immortalité heureuse ou malheu
reuse, le babisme en condamne les préceptes de vie. « Sa
morale est une révolution ; c’est la morale de l’Occident. Il
supprime les impuretés légales, cette grande barrière de
séparation entre l’Islam et le monde chrétien ; il supprime
la polygamie, la grande source de la dégradation orit taie ;
il reconstitue la famille, et il relève l’homme en relevant
la femme à son niveau » L
Le babisme se propagea du golfe Persique à la mer Cas-
4. J. Darmesteter, Coup d'œil sur l’histoire de la Perse, p. 61.