LA CRISE DE 1840-1860.
309
de Brahma. Les deux fanatismes mahométan et hindou prépa
rèrent la révolte. Une prédiction rencontrait beaucoup de
créance chez les indigènes, que la domination anglaise,
fondée en 1757 sur le champ de bataille de Plassey, ne
devait durer qu’un siècle. En 1857, la Compagnie fît dis
tribuer aux cipayes la nouvelle carabine Minié, avec des
cartouches enduites de graisse de vache ou de porc. Les
agitateurs exploitèrent ce sacrilège de faire servir à un ins
trument de mort le produit de la vache, animal sacré pour
les Hindous. Ce fut l’occasion de la révolte. Un chef hin
dou, Nana-Sahib, auquel les Anglais avaient refusé le titre
de rajah, en fut le principal chef.
Le mouvement partit de Meerut. Le 11 mai 1857, les
cipayes se soulevèrent, tuèrent leurs officiers, pillèrent les
maisons de commerce, chassèrent les Européens, restèrent
maîtres de la ville. Ils marchèrent sur Delhi ; la garnison se
joignit à eux. Ils tirèrent du palais, où il vivait d’une pen
sion de la Compagnie, le dernier descendant des Grands
Mongols, un vieillard de 84 ans, et le proclamèrent roi.
INana-Sahib de même se proclama indépendant à Cawn-
pour, laissa la vie aux Européens, qui s’embarquèrent sur
le Gange pour se retirer à Calcutta. A quelque distance en
aval, les barques furent écrasées des deux rives par la fusil
lade et la mitraille ; vingt-neuf sur trente furent submer
gées ; deux ou trois cents femmes et enfants furent retenus
captifs à Cawnpour. Allahabad aussi échappa aux Anglais.
A Lucknow, le colonel Henri Lawrence fut assiégé pendant
trois mois dans la citadelle avec 700 hommes.
La domination anglaise n’avait pas encore couru un pareil
danger ; la Compagnie y fît face avec une extrême énergie.
Le Pendjab s’agitait : les officiers anglais, sir John Law
rence, le colonel Nicholson, y maintinrent l’ordre. Les régi
ments indigènes furent licenciés, désarmés ; les moindres
tentatives de résistance furent réprimées avec une rigueur
impitoyable : des centaines de cipayes furent noyés, pen
dus, fusillés, attachés à la gueule des canons et mis en
pièces. Les autres ne bougèrent pas.
Alors la petite armée anglaise du Pendjab put porter
secours aux troupes du Gange supérieur. Le colonel Nichol
son remporta sur les insurgés, mal commandés, la brillante
victoire de Nujufîghur, le 25 août. Marchant sur Delhi, il
enleva la ville d assaut. 11 fallut la prendre rue par rue ;
elle ne fut conquise qu’après sept jours de lutte, et encore,