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EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES.
autour de la petite troupe britannique, la population restait
frémissante et irritée. Le vieil empereur mongol était tombé
au pouvoir des Anglais, mais son fils Abou-Bekr et ses deux
cousins étaient retranchés avec 5 ou 6.000 partisans dans
le mausolée de l’empereur Humayoun. Le major Hodson
s’y rend avec une centaine d’hommes déterminés, somme
les princes de se rendre sans conditions ; effrayés de cette
hardiesse, ils obéissent. Le major les fait monter dans une
charrette et les emmène à travers Delhi. La foule grossit ;
la vue des captifs l’émeut; elle devient hostile, menace de
les enlever. Hodson alors va à la charrette, tire un revolver,
et de sa main, à bout portant, tue les trois princes. La foule
épouvantée n’osa les venger et Delhi resta docile aux pieds
de ses vainqueurs.
Les insurgés de l’Oude tinrent plus longtemps. Le géné
ral Hawelok, parti d’Allahabad, avait remporté quelques
succès sur Nana-Sahib, à Futte}q)Our, devant Cawnpour.
Furieux, les cipayes se jetèrent sur les femmes et les
enfants qu’ils tenaient prisonniers dans cette ville : 180 de
ces malheureux furent hachés à coups de sabre, assommés
à coups de crosses, écrasés contre les murs, et pêle-mêle,
morts et mourants, entassés dans un puits. Hawelok n’ar
riva devant Lucknow que le 17 septembre. Henry Law
rence était mort ; mais le colonel Inglis continuait vaillam
ment la résistance. Hawelok pénétra dans la ville et sauva
la garnison ; mais, très inférieur en forces, il se retira vers
le sud.
Les opérations décisives ne purent être entreprises parle
général en chef, sir Colin Campbell, que quand il eut reçu
d’Europe des renforts suffisants, à la fin de novembre. Les
Anglais reparurent devant Cawnpour, y remportèrent une
victoire complète le 6 décembre, furent encore vainqueurs
à Futteyghur le 3 janvier 1858, marchèrent sur Lucknow,
s’en emparèrent après un assaut terrible et onze jours de
combat dans les rues, y étouffèrent la révolte par d’affreux
massacres (27 février-15 mars 1858). Dans les mois sui
vants, les dernières bandes des insurgés furent rejetées dans
les montagnes du Népaul.
Ces évènements obligèrent les Anglais à modifier profon
dément la condition politique de l’Hindoustan. Par un bill
de 1858, le Parlement supprima la grande Compagnie, et
remit à la couronne l’administration de la colonie. Un minis
tère de l’Inde fut créé, assisté d’un conseil de quinze mem-