Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES. 
fut, comme Abd-el-Kader chez les Arabes, un prophète vé 
néré et un intrépide capitaine. 
Vers 1830, un vertueux cadi, Mollah-Mohammed, prê 
chant aux mahométans du Caucase la fin des haines de 
tribus, l’union de tous les fidèles contre les giaours, les ap 
pela à la guerre sainte, avec l’aide de deux chefs du Da 
ghestan, Gazy-Mollah et Schamyl, tous deux du village 
d’Himri. Après deux ans d’agitation, ils furent cernés avec 
leurs partisans dans ce village, s’y défendirent en désespé 
rés : Gazy-Mollah fut tué. Schamyl s’échappa en sautant 
d’un bond par dessus les soldats qui allaient le prendre, et, 
la poitrine et le dos troués d’un coup de baïonnette, l’omo 
plate et les côtes brisées d’une pierre énorme, il disparut 
parmi les rochers. Guéri de ses blessures au bout de quel 
ques mois, il revint à la tête de ses hommes en 1832. On 
l’avait cru mort ; son retour sembla un véritable miracle, 
et les poètes du Daghestan chantèrent le nouveau défenseur 
de la foi, l’élu de Dieu : « Il a des éclairs dans les yeux et 
des fleurs sur les lèvres », répétaient hommes et femmes 
étonnés de la rapidité de ses coups et de son éloquence 
enflammée. Et ce ne fut bientôt qu’un cri dans tout le Cau 
case : « Mahomet est le premier prophète d’Allah ; Scha 
myl est un autre Mahomet ‘ ». 
Entouré d’une garde d’élite de 200 hommes, il organisa 
solidement ses troupes, exigea une obéissance absolue, au 
nom de Dieu et du prophète, exerça dans toute la montagne 
une véritable dictature, et conduisit la guerre sainte pen 
dant vingt-cinq ans avec une rigoureuse méthode. Les 
Russes furent obligés d’envoyer contre lui jusqu’à 200.000 
hommes et il leur infligea quelques rudes défaites. Tout 
d’abord ils pensèrent l’écraser d’un coup et le général Grab be 
réussit à l’enfermer dans la forteresse d’Akulcho. Schamyl 
distribua des poignards aux femmes en leur ordonnant de 
se défendre, et de se donner la mort si l’ennemi forçait la 
citadelle. L’assaut fut terrible ; pendant la mêlée, qui fut 
un véritable massacre, Schamyl s’échappa ; ses compagnons 
se firent tuer jusqu’au dernier pour lui donner le temps de 
fuir; sa sœur Fatima se jeta dans le torrent du Koïsou pour 
ne pas tomber aux mains des Russes (1839). L’évasion 
extraordinaire du prophète ne fit que surexciter encore le 
1. Cf. G. Crôhange, Tlistoire contemporaine de la Russie, p. 167. 
(Paris, Félix Alcau).
	        
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