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EN ASIE. — ANGLAIS ET RUSSES.
vaste résidence de Kalouga, où il mourut pieusement en
1871. Les populations du Caucase oriental fiucnt dès lors
soumises.
Les Tcherkesses du Caucase occidental luttèrent quelque
temps encore. Mais, à aucun moment ils ne furent aussi
redoutables que les montagnards de Schamyl. Le traité
d’Andrinople avait donné aux Russes le district d’Anapa et
la côte orientale de la mer Noire. Le général russe Raïewsky
fut chargé d’y assurer la souveraineté de son maître : « Le
sultan vous a donnés en cadeau au tsar », dit-il aux chefs
du pays. — «Vraiment? répliqua l’un d’eux. Eh bien!
vois-tu cet oiseau là-haut sur la branche ? Je te le donne ;
prends-le ». Il fallut employer les armes pour soumettre les
Tcherkesses. La côte fut étroitement bloquée pour couper
toute communication avec le dehors. Mais on ne fît de
grands efforts contre eux qu’après la soumission de Scha
myl. Les tribus, vaincues dans de sanglants combats, se
soumirent pour la plupart ; mais plutôt que de vivre sous
la loi du vainqueur chrétien, elles émigrèrent en masse :
« Nous voulons vivre et mourir, disaient-elles, parmi nos
frères de l’Islam : nous voulons que nos ossements reposent
un jour dans une terre bénite.» Il fallut leur donner des
vaisseaux pour les transporter à Trébizonde, à Samsoun, à
Constantinople, en Bulgarie. Malgré les sacrifices pécu
niaires du gouvernement ottoman, beaucoup périrent dans
cet exode. Les survivants, fanatisés par les misères souf
fertes, furent les plus terribles agents des massacres de
Bulgarie en 1876.
IV. — Le grand effort des Russes.
Tous ces événements empêchèrent le tsar Nicolas I®' de
poursuivre les destinées asiatiques de la Russie. Héritier
du reste des desseins de sa grand’mère Catherine II, la
politique européenne l’attirait davantage. Fier de son pou
voir autocratique, il s’était fait le champion des rois contre
les idées révolutionnaires, et naïvement, comme un don
Quichotte de l’absolutisme, il avait mis ses armées au ser
vice de l’Autriche contre la République hongroise. Il vécut
assez pour s’en repentir.
Plus encore il voulait Constantinople. Il rencontra de
vant elle l’Angleterre et la France, fut battu en Crimée, et,
comprenant que là encore il avait poursuivi une chimère^