Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

L’EMPIRE  LATIN.

n
La  Bulgarie  resta  toute  meurtrie  du  désastre  que  lui
avait  infligé  l’empereur  Basile  II.  Mais  les  Roumains,  réfugiés ­
  depuis  le  commencement  du  moyen  âge  dans  les  Carpathes
  et  quelques-uns  dans  les  Balkans,  retrouvèrent  au
xn®  siècle  le  souvenir  de  Trajan  et  y  reformèrent  leur  nationalité. ­
  Deux  frères,  Asan  et  Pierre,  se  rendirent  à  Constantinople ­
  pour  se  plaindre  des  impôts  excessifs  qu’Isaac  l’Ange
levait  sur  leur  pays  :  ils  furent  outragés.  Ils  donnèrent  à
leurs  amis  le  signal  de  l’insurrection,  bâtirent  à  Tirnovo
une  église  en  l’honneur  de  saint  Démétrius:  Pierre  y  prit
le  titre  de  tsar.  Dès  lors,  ils  tentèrent  de  refaire  l’empire
bulgare  du  grand  Siméon.  Ils  battirent  une  armée  grecque
à  Berrhœa  (1190);  ils  prirent  Varna,  Sofia,  Philippopoli,
Andrinople,  ravagèrent  la  Thrace.  Après  Pierre  et  Asan,
leur  jeune  frère  Johannitsa  pénétra  jusqu’au  centre  de  la
Macédoine  et  jusqu’à  Belgrade;  un  légat  du  pape  vint  à
Tirnovo  le  couronner  roi  de  Bulgarie.
L’empire  grec  était  cerné  entre  les  États  francs  du  Levant
et  les  jeunes  États  chrétiens  dont  la  papauté  consacrait  la
naissance  au  sud  du  Danube.
Le  pape  Innocent  III  arma  contre  l’Islam  une  puissante
croisade.  Les  rois  refusèrent  de  s’y  engager,  mais  un  grand
nombre  de  seigneurs  furent  disposés  à  partir.  Venise  leur
loua  des  vaisseaux  et  comme  paiement  reçut  d’eux  Zara,
qu’ils  enlevèrent  en  passant.  Elle  réussit  même  à  les  détourner ­
  sur  Constantinople,  sous  prétexte  d’y  rétablir  l’ordre ­
  et  d’en  faire  la  base  de  leurs  opérations  postérieures
contre  Jérusalem.
Constantinople  fut  prise,  non  sans  peine,  et  affreusement
pillée.  Les  vainqueurs  se  partagèrent  les  dépouilles  de  l’empire ­
  grec;  c’était  un  plus  merveilleux  butin  que  celui
même  de  la  première  croisade.  Baudouin  de  Flandre  fut
empereur;  Boniface  de  Montferrat  fut  roi  de  Thessalonique
ou  Salonique;  le  doge  de  Venise,  Dándolo,  prit  le  titre  de
baile  ou  despotès,  et  se  proclama,  au  nom  de  la  République, ­
  seigneur  d’un  quart  et  demi  de  l’empire  grec;  un
autre  Vénitien,  Thomas  Morosini,  fut  patriarche  catholique
de  Constantinople.  Il  y  eut  un  duché  de  l’Archipel,  une  baronnie ­
  d’Athènes,  une  principauté  de  Morée.
Mais  il  y  eut  aussi  bien  des  jalousies  excitées  par  le  partage. ­
  Le  roi  Boniface  fut  peu  docile  à  l’égard  du  Basileus
Baudouin.  Les  Grecs  se  maintinrent  invincibles  sur  quelques
points:  les  l’Ange  fondèrent  le  despotat  d’Epire  ou  d’Arta,
E.  Driault.  —  Question  d’Orient.  2
            
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