Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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EN  ASIE.  —  ANGLAIS  ET  RUSSES.

torpeur,  s’arme  et  s’outille  à  l’européenne,  comme  le
Japon  ;  elle  sera  bientôt  de  taille  à  défendre  son  indépendance, ­
  et  peut-être  à  reprendre  sur  les  Européens  les
avantages  qu’ils  lui  ont  récemment  arrachés.  L’Extrême-Orient
  se  fermera,  ou  du  moins  ne  sera  plus  aussi  accessible ­
  aux  entreprises  politiques  de  1  Europe.
Il  peut  se  faire,  si  l’on  en  juge  par  les  derniers  événements, ­
  que  la  question  d’Orient  en  prenne  à  son  tour  une
activité  nouvelle,  comme  si  le  monde  était  condamné  à  un
éternel  balancement  entre  l’Orient  et  l’Extrême-Orient.
Car  la  Russie,  en  quête  de  la  mer  libre,  reviendra  sans
doute  la  chercher  dans  des  régions  moins  éloignées  de  ce
que  l’on  pourrait  appeler  son  centre  de  gravité,  qui  est
dans  les  pays  de  la  mer  Caspienne  et  de  l’Iran,  c’est-à-dire
qu’elle  s’efforcera  naturellement  encore  d’atteindre  le
golfe  Persique  et  la  Méditerranée.
Les  Anglais  peuvent  en  éprouver  quelque  inquiétude;
car  ils  paraissent  toujours  moins  avantageusement  placés
que  les  Russes.  Ils  se  sont  préoccupés  déjà,  pour  s’assurer ­
  les  meilleurs  endroits  de  l’Asie  antérieure,  de  construire
une  route  plus  rapide  encore  que  celle  du  canal  de  Suez,
c’est-à-dire  une  voie  ferrée  qui,  à  travers  la  Mésopotamie
et  la  Perse,  gagnerait  l’Inde  en  évitant  le  tour  de  l’Arahie.
Cette  ligne  partirait  de  Constantinople  ou  d’Alexandrette,
et  arriverait  à  Bagdad;  de  là,  par  Ispahan,  Yezd,  Bender-Abbas,
  elle  suivrait  le  rivage  de  la  mer  d’Oman  et  aboutirait ­
  à  Kouratchi,  à  l’embouchure  de  l’Indus.  Maîtres  de  la
mer,  les  Anglais  resteraient  maîtres  de  cette  ligne,  qu’ils
pourraient  intercepter,  détruire  ou  protéger,  et  par  laquelle
ils  exerceraient  une  grande  influence  sur  la  Perse.  Mais
cette  direction  est  mauvaise  ;  elle  fut  suivie  par  Alexandre
de  Macédoine  au  retour  de  l’Indus,  et  on  sait  les  épreuves
que  son  armée  y  souffrit  ;  depuis  Bender-Abbas,  elle  traverse ­
  un  pays  désolé,  et  une  voie  ferrée  ainsi  établie  ne
pourrait  pas  avoir  un  grand  intérêt  économique.
L’empire  russe,  écarté  de  l’Extrême-Orient,  pesant  d’au
tant  plus  lourdement  sur  l’Asie  Centrale,  peut  paraître  de
plus  en  plus  inquiétant  pour  l’avenir  de  la  grandeur
anglaise.
Il  forme,  d’un  bout  à  l’autre  de  l’Asie,  une  masse  compacte ­
  de  130  millions  d’habitants,  de  200  millions  avant
un  demi-siècle.  La  colonisation  russe  dans  l’Asie  centrale
fait  des  progrès  rapides  ;  la  prédominance  de  la  race  slave
            
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