Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

334  E?{  AFRIQUE.  —  LA  QUESTION  DU  NIL  ET  DD  NIGER.
per  à  toute  influence  étrangère.  N’avait-elle  pas  failli,  dans
la  première  moitié  du  siècle,  rajeunir  la  puissance  musulmane ­
  de  la  Nubie  à  la  Mésopotamie  ?  Du  moins  elle  était
le  solide  trait  d’union  entre  l’Afrique  et  l’Asie  de  Mahomet
et  ménageait  de  l’une  à  l’autre  la  grande  route  des  pèlerinages ­
  et  du  commerce  des  esclaves.
Tout  à  coup  l’isthme  de  Suez  est  coupé  par  un  canal.  Le
principal  intérêt  du  canal  était  d’ouvrir  une  route  plus  courte
vers  l’Inde,  et  il  serait  ridicule  de  voir  en  Ferdinand  de
Lesseps  une  sorte  de  croisé  poursuivant,  comme  un  nouveau
Christophe  Colomb  et  plus  hardiment,  la  croisade  contre  les
infidèles.  Cependant  son  œuvre  hrisa  irrémédiablement  l’Islam ­
  ;  car,  le  long  du  canal  et  de  la  mer  Rouge,  l’action  de
l’Europe  fut  dès  lors  prépondérante  et  forcément  funeste  aux
destinées  musulmanes,  autant  au  moins  que  pourrait  l’être
la  prise  de  Constantinople  aux  Turcs.
Les  peuples  mahométans  sentirent  le  danger,  accentué
encore  en  ce  temps  par  la  guerre  des  Balkans,  par  l’expansion ­
  russe  dans  le  Turkestan.  Sous  la  pression  de  l’Europe
chrétienne,  leur  foi  parut  se  réveiller,  capable  d’une  nouvelle ­
  propagande.  Elle  entreprit  la  conquête  de  la  Chine,  et
certains  la  croient  destinée  à  se  substituer  au  bouddhisme.
«  Le  mahométisme  semble  d’ores  et  déjà  assuré  de  remporter ­
  la  victoire  sur  les  religions  qui  se  partagent  ou  cherchent
à  se  partager  le  continent  chinois^  ».  Mais  c’est  l’Afrique
qui  demeure  la  terre  d’élection  de  l’Islam  ;  c’est  là  que  son
expansion  contemporaine  a  été  le  plus  active  et  le  plus  fructueuse ­
  ;  c’est  en  ce  siècle  qu’il  conquit  presque  tout  l’intérieur ­
  du  continent,  pendant  que  les  Européens  l’assiégeaient
par  toutes  ses  côtes.
Ce  mouvement  considérable  est  difficile  à  suivre.  Il  est
l’œuvre  de  sociétés  secrètes  qui  échappent  par  nature  à
l’analyse  ;  il  apparaît  par  des  manifestations  isolées,  chaque
fois  que  les  Européens  pénètrent  trop  avant  dans  le  pays  où
s’exerce  son  action.  Ses  limites  seules  se  précisent  à  mesure
que  la  colonisation  européenne  prend  contact  avec  lui.
Il  est  néanmoins  dès  aujourd’hui  certain  qu’il  a  gagné
presque  toutes  les  populations  africaines  jusqu’au  Congo,

1.  Montet,  Les  missions  musulmanes  au  xix*  siècle  (Revue  de  This
toire  des  religions,  mai-juin  1883).  —  Cf.  encore  sur  ce  sujet  Dabry
de  Thiersant,  Le  mahométisme  en  Chine  et  dans  le  Turkestan  oriental.
—  II.  de  Castries,  L’Islam,  p.  184.
            
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