Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

340  EN  AFRIQUE.  —  LA  QUESTION  DU  NIL  ET  DU  NIGER.
Ismaïl-pacha-Ayoub,  vint  mettre  garnison  dans  la  nouvelle
province.
Dans  tout  le  bassin  du  Nil,  l’Abyssinie  seule  était  en
dehors  de  l’empire  d’Ismaïl,  Il  voulut  s’en  emparer  :  il  y  fut
moins  heureux.  Münzinger-pacha  pénétra  par  le  sud  dans  le
pays  du  Choa  ;  il  fut  repoussé  par  le  roi  Ménélik.  Au  nord,
le  colonel  Ahrendrap  s’avança  dans  le  Tigré  jusqu’à  la
rivière  du  Mareb  ;  le  négus  Johannes  enveloppa  deux
colonnes  égyptiennes  et  les  anéantit  entre  Guda-Gudi  et
Gundet  (1876).  L’année  suivante,  le  prince  Hassan,  fils
d’Ismaïl,  fut  encore  battu  à  Goura,  fait  prisonnier,  et  dut
payer  une  grosse  rançon.  L’Abyssinie  échappa  aux  convoitises ­
  des  Égyptiens  et  entretint  contre  eux  une  haine  ardente
dans  les  continuels  pillages  qui  troublèrent  longtemps  encore
les  frontières  des  deux  États.  Elle  n’en  était  pas  moins
rejetée  dans  ses  montagnes,  loin  du  Nil  blanc,  enveloppée
de  toutes  parts  comme  un  îlot  chrétien  au  milieu  des  Égyptiens ­
  musulmans.  Car  le  sultan  abandonna  à  Ismaïi,  en
1868,  toutes  les  côtes  de  la  mer  Rouge  jusqu’au  détroit  de
Bab-el-Mandeb,  avec  les  ports  de  Souakim  et  de  Massouah,
et,  au  sud  de  ce  détroit,  la  domination  égyptienne  était
établie  dans  le  pays  des  Somalis,  sur  toute  la  côte  méridionale ­
  du  golfe  d’Aden.  Ismaïl-pacha,  qui  avait  pris,  en
1867,  le  titre  de  khédive  ou  vice-roi,  possédait  un  domaine
de  2.250.000  kilomètres  carrés,  plus  de  cinq  fois  la
France.
Son  règne  fut  encore  illustré  par  la  découverte  des  monuments ­
  de  l’ancienne  Égypte,  et  notamment  par  les  travaux
d’Auguste  Mariette,  qui  y  consacra  toute  sa  vie.  L’Égypte
des  Pharaons  était  tout  entière  recouverte  par  les  sables,  et
ses  temples  de  granit  avaient  complètement  disparu.  «  On
dirait  que  le  Nil,  prolongeant  des  centaines  d’années  l’inondation ­
  qui  ne  dure  d’ordinaire  que  quelques  mois,  a  caché
le  pays  pendant  des  siècles  sous  ses  eaux  débordées
Mariette  rencontra  d’énormes  difficultés,  mais  aussi  des
satisfactions  sans  pareilles.  C’est  le  12  novembre  1851  qu’il
pénétra  dans  les  salles  du  Sérapeum  et  y  retrouva  la  trace
des  derniers  pas  qui  s’étaient  éloignés  depuis  des  siècles  de
la  nécropole  des  Apis.  Dans  les  années  qui  suivirent,  jusqu’à ­
  sa  mort  en  1881,  il  continua  ses  recherches,  explora
les  Pyramides,  fonda  le  Musée  de  Boulaq  dont  Ismaïl-pacha

1.  6.  Charmes,  L’Égypte,  p.  75.
            
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