Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

L’EGYPTE  DEPUIS  1850.

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tiens  et  de  milliers  d’Européens.  Le  gouvernement  anglais
n’y  était  pas  représenté.
Ismaïl  pacha  fut  ébloui  par  cette  grandeur  nouvelle  ;  il
crut  la  fortune  de  l’Égypte  désormais  inépuisable.  Il  avait
conservé  d’ailleurs  les  traditions  financières  des  Turcs  et
des  Mameluks.  Il  dépensa  l’argent  à  pleines  mains,  pour
ses  plaisirs,  pour  ses  caprices,  autant  que  pour  des  travaux
utiles,  sans  s’inquiéter  d’établir  l’équilibre  entre  les  recettes
et  les  dépenses.  Il  fit  construire  tout  un  réseau  de  voies
ferrées  à  travers  le  Delta,  des  usines,  des  fermes-modèles  ;
mais  aussi  il  multiplia  les  palais,  les  jardins,  pour  lui  et
pour  les  membres  de  sa  famille.  Il  voulut  «  haussmanniser
  »  le  Caire,  y  traça  des  quartiers  nouveaux,  y  fit  élever
un  Opéra,  où  eut  lieu  la  première  représentation  de  VAïda
de  Verdi.  Pour  couvrir  tous  ces  frais,  il  emprunta,  à  n’importe ­
  quel  taux,  jusqu’à  deux  milliards  et  demi.  L’Égypte
n’était  pas  encore  assez  prospère  pour  porter  le  fardeau
d’une  pareille  dette.
La  banqueroute  devint  imminente.  Le  pacha  ne  trouva
plus  de  prêteurs.  Il  offrit  au  gouvernement  français  de  lui
vendre  ses  actions  du  canal  ;  le  ministère  du  24  mai  les
refusa.  En  novembre  1875,  très  secrètement,  le  gouvernement ­
  anglais,  profitant  de  cette  faute,  acheta  pour  100  millions ­
  les  176.000  actions  que  possédait  l’Égypte;  il  eut  dès
lors,  presque  autant  que  la  France,  le  droit  d’intervenir
dans  le  pays.
En  effet  il  fallut  se  préoccuper  des  intérêts  des  créanciers
du  khédive,  singulièrement  compromis  par  ses  agissements
financiers.  Les  gouvernements  français  et  anglais  exigèrent
d’Ismall  une  garantie  pour  les  créances  de  leurs  nationaux.
Il  dut  signer  en  ce  sens  un  décret  par  lequel  toute  la  dette
fut  unifiée,  certains  revenus  de  l’état  et  les  revenus  particuliers ­
  du  khédive  furent  affectés  exclusivement  au  service
de  cette  dette.  Une  caisse  spéciale  fut  ainsi  constituée  sous
la  surveillance  de  deux  contrôleurs  généraux,  l’un  nommé
par  le  gouvernement  français,  M.  de  Blignières,  l’autre  par
le  gouvernement  anglais,  sir  Rivers  Wilson.  Tous  deux
firent  partie  du  ministère  égyptien  présidé  par  Nubarpacha,
  le  premier  comme  ministre  des  travaux  publics,  le
second  comme  ministre  des  finances  (1878).
L’administration  des  deux  contrôleurs  fut  très  habile  ;
ils  remirent  bientôt  l’ordre  dans  le  budget  ;  mais  ils  ne  le
purent  qu’en  faisant  autour  d’eux  beaucoup  de  mécontents.
            
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