356 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIGER ET DU NIL.
ses frontières au sud et à l’est, par la soumission des Gallas
du KafTa, par la conquête du Harrar, lorsque l’empire égyp
tien s’écroula. Il abolit l’esclavage dans ses domaines, cher
cha à entrer en relations avec les États européens pour y
acheter des armes, éerivit en 1882 au président de la Répu
blique Française qu’il voulait « ouvrir et assurer à la science,
au commerce et à l’industrie les routes qui conduisent du
Choa dans les riches pays du sud ». Pendant ces trente
années de règne, il fît de son royaume le plus fort et le plus
prospère de l'Éthiopie.
La France ne répondit pas encore aux avances du roi du
Choa. Elle avait eependant acheté en 1859 Zoulah, sur la
baie d’Adulis, avec les îles Dessi, et en 1862 le territoire
d’Obock : elle ne voulait qu’y établir des dépôts de charbon
pour ses vaisseaux de l’Océan Indien.
L’Italie, en quête de colonies pour y dériver l’émigration
considérable de ses habitants, déçue dans ses ambitions
sur la Tunisie, cherchait à s’établir sur quelque autre rivage
africain. Encouragée par l’Angleterre, qui comptait se ser
vir d’elle pour une diversion contre les Soudaniens, elle
envoya des explorateurs sur les côtes de la mer Rouge. Plu
sieurs y furent massacrés par les sauvages Danakils, Giu-
letti en 1881, Blanchi en 1884, le comte Porro en 1886. Le
comte Antinori eut plus de succès ; il fut reçu par Ménélik,
vécut plusieurs années auprès de lui, établit des rapports
très cordiaux entre lui et son gouvernement, fut son inter
médiaire pour l’achat des armes perfectionnées dont il avait
besoin. Après lui, le comte Pierre Antonelli devint le repré
sentant offîciel de l’Italie auprès de Ménélik, prit sur lui
une très grande influence, devint son conseiller ordinaire.
Le terrain était ainsi très bien préparé. Les Italiens éta
blirent une colonie à Assab, tout près du détroit de Bab-el-
Mandeb (1882). En 1885, l’année de la prise de Khartoum
parle Mahdi, l'Angleterre, maîtresse de l'Égypte, leur laissa
prendre Massouah, d’où la garnison égyptienne fut retirée.
La France, malgré ses droits sur la baie d’Adulis, ne s’y
opposa pas. En arrière de Massouah, ils cherchèrent des
terres plus élevées, plus saines, pour y fonder un établisse
ment durable. Ils s’y heurtèrent à l'hostilité du négus .lo-
hannè.s : une colonne italienne fut massacrée à Dogali, le
26 janvier 1887, par le ras Aloula. Une autre fut presque
aussi maltraitée l’année suivante, le 8 août 1888, à Saga-
néiti.