Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

L’ÉTHIOPIE ET LES ITALIENS. 
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gascia, battu par eux, se réconcilia avec Ménélik, reconnut 
sa suzeraineté : c’était pour lui le seul moyen de conserver 
au moins une partie de l’héritage paternel. Il reçut du négus 
le gouvernement du Tigré, sa vie durant, avec les pouvoirs 
d’un vice-roi. Ménélik fut dès lors le maître incontesté de 
toute l’Éthiopie. Il en avait achevé très habilement l’unité; 
il fit frapper à son effigie des monnaies qui eurent cours 
dans tout son empire, et se fit couronner solennellement à 
Entotto, sa nouvelle capitale. 
Tout-puissant, à la tête de troupes nombreuses et bien 
armées, il fut mal disposé à supporter le protectorat de 
l’Italie, n’en ayant plus besoin. 
Après son couronnement, il fit part directement aux puis 
sances européennes de son avènement au trône. L’Angle 
terre et l’Allemagne répondirent que cette communication 
aurait dû être faite par l’intermédiaire de l’Italie ; l’empe 
reur d’Allemagne accentua encore son appréciation en qua 
lifiant le négus du simple titre d’Altesse. Ménélik se plaignit 
au gouvernement italien de l’humiliation qui lui était ainsi 
infligée, et précisant le sens qu’il attribuait, dans la langue 
de son pays, à l’article 17 du traité d’Ucciali, il ajoutait : 
« L’article 17 dit que je peux me servir de l’intermédiaire 
de l’Italie, mais non que j’y consens dans toutes les affaires 
que j’aurais à traiter avec l’Europe ». Il pliait le roi Hum 
bert de rectifier cette erreur, auprès des puissances ses 
amies. C’était remettre en question le protectorat italien. 
Crispi ne pouvait l’admettre. 11 eût peut-être adopté une 
interprétation nouvelle de l’article 17, quitte à affirmei 
l’action de l’Italie dans les faits. Mais il tenait à écarter de 
l’Éthiopie toute autre influence étrangère. Il redoutait en 
effet le voisinage de la France qui, par Obock, grâce à un 
habile gouverneur, M. Lagarde, entretenait déjà avec Mé 
nélik de cordiales et fructueuses relations. Il redoutait plus 
encore les prétentions de la Russie qui manifestait l’intention 
d’entrer en rapports suivis avec l’Éthiopie, en exerçant sur 
elle une sorte de protectorat religieux. En 1889, une expé 
dition, non officielle, il est vrai, composée d’environ 150 per 
sonnes, soldats, prêtres, artisans, femmes et enfants, con 
duite par le cosaque Atchinof, un fervent apôtre de l’idée' 
slave et de la religion orthodoxe, avait essayé de pénétrer 
en Éthiopie, en passant par le territoire français d’Obock ; 
elle n’avait été arrêtée, à Sagallo, que par les canons du 
croiseur français le Seignelay, le 17 Février. Le ministère
	        
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