Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

362  EN  AFRIQUE.  -  LA  QUESTION  DU  NIL  ET  DU  NIGER.
sur  le  golfe  d’Aden,  pour  faire  une  diversion  contre  le  Choa
par  le  Harrar  ;  le  gouvernement  français  rappela  la  convention ­
  anglo-française  de  février  1888,  par  laquelle  les  deux
puissances  s’engageaient  à  respecter  l’indépendance  du
Harrar,  et  l’Angleterre  n’osa  pas  permettre  aux  italiens
d’occuper  Zeilah.
La  situation  de  Baratieri  était  très  critique.  La  prudence
lui  conseillait  la  retraite  sur  Massouah  ;  mais  c’était  l’abandon ­
  définitif  du  Tigré.  Pressé  par  son  gouvernement,  il  risqua ­
  une  bataille  qui  ne  pouvait  pas  avoir  de  pires  résultats.
Le  1"  mars,  il  lança  toutes  ses  colonnes,  commandées  par
les  généraux  Albertone,  Arimondi,  Dabormida,  Ellena,  à
l’attaque  du  plateau  de  l’Amba-Garima,  qui  domine  Adoua.
Le  général  Albertone  s’engagea  trop  loin,  fut  isolé,  battu  et
pris.  La  ligne  de  bataille  des  Italiens  se  trouva  par  là  brisée
au  centre  :  les  trois  autres  colonnes,  ne  pouvant  se  soutenir
réciproquement,  furent  écrasées  l’une  après  l’autre  :  Dabormida ­
  et  Arimondi  furent  tués,  Ellena  blessé.  Ail  heures  et
demie,  Baratieri  ordonna  la  retraite  ;  ce  fut  une  débandade
générale  qu’il  ne  put  ou  ne  sut  diriger.  3  à  4.000  Italiens  et
toute  l’artillerie  restèrent  aux  mains  du  négus.  Baratieri  fut
destitué,  traduit  devant  un  conseil  de  guerre,  qui  ne  l’acquitta ­
  qu’à  l’égalité  des  voix.  Le  ministère  Crispi  fut  renversé. ­

Le  général  Baldissera,  successeur  de  Baratieri,  répara
très  habilement  les  conséquences  les  plus  graves  que  pouvait ­
  avoir  ce  désastre.  Le  négus,  qui  venait  de  se  faire  couronner ­
  par  le  patriarche  d’Ethiopie  dans  la  ville  sainte
d’Axoum,  était  satisfait  des  résultats  obtenus,  et  ne  voulait
pas  les  compromettre  par  trop  d’exigences.  Il  se  retira  dans
le  Choa.
Les  troupes  italiennes  furent  reformées  sur  la  frontière
du  Mareb.  Les  Derviches,  qui  pensaient  profiter  des  circonstances ­
  pour  reprendre  Kassala,  y  furent  complètement
battus  par  le  colonel  Stevani.  Le  major  Nerazzini  fut  envoyé
au  négus  pour  traiter  de  la  paix.  Elle  fut  signée  le  26  octobre ­
  1896  à  Addis-Abeba.  Le  traité  d’Ucciali  était  aboli.
L’indépendance  absolue  de  l’Étbiopie  était  reconnue.  La
frontière  italienne  était  maintenue  à  la  ligne  du  Mareb,  de
la  Belesa  et  du  Muna.  La  situation  respective  de  l’Italie  et
de  l’Ethiopie  se  trouva  nettement  établie  :  l’Italie  garda  sur
la  côte  de  la  mer  Rouge  de  bonnes  positions,  et  une  bonne
ligne  de  pénétration  vers  le  Soudan  dans  la  direction  de
            
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