366 EN AFRIQUE. — LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER.
cheries, se crurent à l’abri de tout châtiment, insultèrent
le représentant de la France, M. De val. Ce fut la circons
tance, toute accidentelle, qui décida l’intervention française,
sans que d’ailleurs le gouvernement de Charles X eût pensé
dès lors qu’Alger la blanche dût être la première pierre du
gigantesque édifice colonial qui s’est élevé depuis en face
de Marseille. Déjà pourtant les affaires d’Égypte appelaient
l’attention de l’Europe sur l’Afrique, et une vague intuition
de l’avenir y poussa la France à une expédition décisive.
Alger fut prise le 5 Juillet 1830, et ce fut le brillant héri
tage que la dynastie des Bourbon directs laissa, en dispa
raissant pour jamais.
A vrai dire, l’héritage était à conquérir, et il y fallut tout
le règne de Louis-Philippe et ses meilleures armées comman
dées par ses meilleurs généraux, toute l’élite militaire de la
France. Il y eut d’abord à vaincre l’Odjak, la milice turque
fondée par Barberousse à la façon des Mameluks d’Égypte,
et qui faisait peser sur tout le pays un lourd despotisme.
Alger prise et bientôt après les principaux ports de la côte,
les Turcs concentrèrent leur résistance à Constantine, et,
dans ce repaire haut perché sur la montagne, ils parurent
invincibles. Pour en venir plus sûrement à bout, le gouver
nement français traita avec les autres populations du pays,
avec les Arabes qui avaient souffert pendant trois siècles de
la domination de l’Odjak, et il signa avec leur principal
chef, l’émir de Mascara Abd-el-Kader, le traité de la Tafna.
D’un effort vigoureux, Constantine fut enlevée, 1837.
Mais l’Odjak ne constituait dans la population algérienne
qu’une minorité, une aristocratie d’étrangers mal établie
dans le pays, et dont l’expulsion ne faisait qu’exciter les
espérances des indigènes, Arabes et Berbères, beaucoup
plus nombreux. Les Arabes en particulier, venus lors de la
grande poussée conquérante du viii® siècle, étaient maîtres
des plateaux, et avaient conservé des habitudes guerrières,
une fierté d’indépendance que les Turcs n’avaient pas domp
tées ; car ils s’étaient peu aventurés dans les montagnes de
l’intérieur. Le jour donc oûla France voulut prendre sérieu
sement la place de l’Odjak et même organiser le pays, elle
dut se résoudre à une lutte acharnée et à des sacrifices de
toute nature. Jadis Rome conquit, dans les guerres puni
ques, l’empire de la Méditerranée. La guerre d’Algérie ne
renferme peut-être pas pour la France de moindres pro
messes, dont le siècle finissant commence à montrer les