376 EN AFRIQUE. - LA QUESTION DU NIL ET DU NIGER
nople et par la Mésopotamie ; mais jusqu’ici le pays du Nil
est le grand passage.
L’Égypte est encore utile à leur pénétration en Afrique.
Ils ont entrepris de joindre Alexandrie au Cap par une
ligne continue de chemins de fer et déjà ils ont atteint au
nord Khartoum, au sud le Zambèze : ces deux tronçons
seront sans doute réunis bientôt. Sans cela même,
l’Égypte est de plus en plus nécessaire à leur influence
en Afrique. Ils ne sont pas les plus puissants dans la
partie occidentale du continent, où la preponderance fran
çaise s’affermit ; ils ont à compter à l’est, et même au sud,
avec la rivalité déclarée des Allemands. Par l'Égypte, ils
ont l’espérance d’être les maîtres au moins dans la vallée
du Nil, c’est-à-dire de garder une bonne place dans le par
tage du continent noir. Elle est la garantie de leur empire
actuel, la condition de leur grandeur future.
Les Italiens sont les maîtres de Massouah et du pays des
Somalis. Celui-ci est mal placé pour l’extension vers le Nil.
dont il est très éloigné, séparé par les zones d’influence an
glaise et française. Massouah est une meilleure position,
du moins pour les relations commerciales avec l’Éthionie;
car les Italiens ont rendu Kassala aux Anglo-Égyptiens
au commencement de 1898, et se sont interdit ainsi toute
possibilité de s'étendre dans la direction de Khartoum.
L’exploitation de la vallée du Nil leur paraît à jamais
fermée.
La grandeur de l’Italie eût été autrement assurée si elle
avait pu garder l’Éthiopie dans la sphère de son influence
politique; et, à ce point de vue, la guerre de 1895-1896 a
été très funeste à ses intérêts. Quel sera d’ailleurs le rôle
de rÉthioj)ie dans la conquête du continent noir? Quoique
le négus prétende y prendre part au même titre que les
autres puissances chrétiennes, en aura-t-il les moyens?
Aura-t-il la force d’aller jusqu’au Nil? Est-ce à lui qu’il est
réservé de barrer la route du Sud aux Anglais ? — A quelle
nation européenne demandera-t-il les ressources scienti
fiques et militaires nécessaires à cette ambition? A qui se
confiera-t-il? A l’Italie, en oubliant les malentendus récents
et en reprenant les traditions fondées par Antinori et Anto-
nelli? A la Russie, qui depuis une dizaine d’années cherche
à exploiter les sympathies religieuses qui l’unissent aux
chrétiens de l’Abyssinie ? A la France, voisine du Choa, et