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CONCLUSION.
ter rAutriche du Rhin ou du Pô ; il s'agissait de contenir
une Angleterre toujours envahissante, maîtresse des mers,
dangereuse sur la Méditerranée, dont elle voulait faire une
rue anglaise de Londres à Bombay ; comme aujourd’hui
il s’agit de contenir une Allemagne trop grande à laquelle
la Russie est un contrepoids nécessaire. En reprenant le
principe de Tilsit, il faut en reprendre les corollaires ; il
faut s’attacher aux enseignements de Napoléon. Consciem
ment ou non, n’a-t-il pas parfois comme deviné l’avenir,
et ceux dont il a été le précurseur, Cavour et Bismarck,
n’ont-ils pas été surtout, comme lui, les agents de desti
nées inéluctables ? Ne fut-ce pas toute leur force ?
On paraît de nos jours avoir trouvé une conciliation
entre la tradition des Croisades et celle des Capitulations.
On complète la formule de l’intégrité de l’empire ottoman
par celle de sa réforme : il sera réformateur ou il ne sera
plus. C’est le rajeunissement de la tradition monarchique
des siècles précédents.
Cette formule est belle. Elle promet satisfaction aux
chrétiens en respectant les musulmans ; elle met d’accord
l’esprit des croisades avec celui de la politique de Fran
çois 1". Elle paraît être le terme naturel où se joignent les
deux grandes voies diplomatiques de toute l’histoire de la
France en Orient.
Elle empêcha un démembrement auquel la France eût
été seule à ne pas prendre part.
Elle était en contradiction avec l’occupation de l’Égypte
par les Anglais, et en affirmait le caractère provisoire. La
Russie ne voulait pas de l’Arménie, la France ne voulait
pas se charger d’agir seule en Crète, parce qu’il ne fallait
pas donner aux Anglais le droit de rester en Égypte.
Du moins pour le moment, cette formule eut des avan
tages; elle était peut-être conforme aux nécessités du
jour, sinon du lendemain. Les puissances n’étant pas
d’accord sur le partage ottoman, elle tint en respect toutes
les convoitises ; elle garda intact l’héritage du malade, et
il y eut quelque grandeur dans ce silence imposé aux avi
dités qui se tendaient tout à l’entour.
Elle devait aboutir, c’était son unique raison d’être, à la
réforme générale de l’empire ottoman.
Le 10 février 1897, les ambassadeurs des six grandes
puissances signèrent un plan de réformes complètes à
appliquer à toutes les provinces de l’empire turc. Ces pro-