Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

INTÉGRITÉ  ET  RÉFORME  DE  L’EMPIRE  OTTOMAN.  385

positions  n’étaient  point  nouvelles.  Il  y  a  une  tradition
réformatrice  dans  l'empire  ottoman,  et  elle  est  aujourd’hui
presque  séculaire  :  c’est  celle  du  Tanzimât.  Elle  a  eu  une
série  de  représentants  sincères,  Sélim  III,  Mahmoud  II,
Abd-ul-MedJid,  Abd-ul-Aziz,  assistés  de  ministres  dévoués
à  la  même  cause,  Reschid-pacha,  Fuad-pacha,  Ali-pacha,
appuyés  sur  un  parti  puissant,  celui  des  Jeunes-Turcs,  persuadés ­
  comme  eux  que  la  réforme  était  pour  l’empire  une
question  de  vie  ou  de  mort.  Elle  a  eu  ses  manifestations
très  expressives  :  les  premiers  efforts  de  Sélim  III  sont
brisés  par  la  Révolution  de  1807  ;  mais  Mahmoud  II,  très
hardiment,  en  pleine  guerre  grecque,  détruit  les  janissaires ­
  et  parait  ainsi  ouvrir  la  voie  à  toutes  réformes.  Abd-ul-Medjid
  promulgue  solennellement,  le  3  novembre  1839,
l’acte  de  Gulhané,  la  grande  charte  des  libertés  chrétiennes, ­
  et  garantit  à  tous  ses  sujets  la  sécurité  de  leur  vie,
de  leurs  biens  et  de  leur  honneur,  l’exacte  répartition  des
impôts,  leur  honnête  perception  ;  désormais  tous,  musulmans, ­
  chrétiens,  israélites,  seront  traités  comme  les  sujets
d’un  même  empereur,  comme  les  enfants  d’un  même  père.
Le  hatti-humayoun  de  18j6  «  confirme  et  consolide  les  garanties ­
  promises  par  la  charte  de  Gulhané  »,  promet  l’égalité
de  tous  devant  la  loi,  le  respect  de  la  propriété  individuelle
et  collective,  l’admission  de  tous  aux  emplois  publics  et  au
service  militaire,  l’égalité  de  tous  devant  l’impôt  et  devant
la  justice,  la  répression  de  tous  délits  de  corruption,  concussions ­
  et  malversations.  Abd-ul-Aziz,  en  1864,  promulgue
la  grande  loi  des  vilayets  ;  elle  appelle  tous  les  sujets  du  sultan, ­
  sans  distinction  de  religion,  à  l’exercice  des  droits  politiques ­
  par  un  système  d’élections  qui  paraît  assurer  aux  chrétiens ­
  une  émancipation  complète  et  l’influence  à  laquelle  ils
ont  droit  en  proportion  de  leur  population.  En  1876,  Abdul-Hamid
  donne  à  ses  peuples  une  constitution  inspirée  des
institutions  politiques  dont  l’Europe  occidentale  se  montre
le  plus  fière  :  il  y  est  question  d’une  Chambre  des  députés,
d’un  Sénat,  d’une  Haute-Cour  de  justice,  d’élections  très
larges.  Dans  le  même  temps,  on  parle  de  travailler  à  la  prospérité ­
  matérielle  de  l’empire,  de  rendre  la  fertilité  aux  terres
que  la  domination  turque  a  épuisées,  de  construire  des  chemins ­
  de  fer,  des  routes  et  des  canaux,  de  faire  enfin  circuler
un  sang  nouveau  dans  ce  corps  mourant.  La  France,  toujours ­
  libérale  et  volontiers  crédule  en  ces  matières,  suit  avec
intérêt  les  efforts  que  fait  cet  ancien  allié  pour  se  rendre  digne
£.  Dkiault.  —  Question  d’ürient.  2â
            
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