Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

388 
CONCLUSION. 
pays, et on ne distingue plus aujourd’hui, par exemple dans 
la Hongrie proprement dite, plusieurs populations superpo 
sées. Au contraire, les Turcs sont restés musulmans, ont été 
par là longtemps réfractaires à toute fusion, à toute cul 
ture européenne, le Coran leur en inspirant foncièrement 
le mépris et la haine. Au contact plusieurs fois séculaire 
des chrétiens, ils n’avaient fait qu’exalter leur fanatisme, 
qu’accentuer leurs caractères asiatiques, et ils parurent 
plus étrangers et plus barbares que jamais, à mesure 
qu’aux croyances chrétiennes qui la séparaient déjà d’eux, 
l’Europe ajoutait les principes révolutionnaires auxquels 
ils semblaient ne rien pouvoir comprendre. 
Le Turc était resté l’ardent « moslem » de jadis ; il le 
prouvait chaque jour. La haine du « roumi » était toujours 
le dogme essentiel de sa foi, et elle s’avivait d’année en 
année ; elle s’exaspérait en une passion sanguinaire au 
spectacle des irrésistibles progrès de son ennemi ; elle se 
satisfaisait en abominables massacres. Cependant le Turc 
trompait l’Europe sur ses vrais sentiments ; la ruse lui 
semblait finesse d’intelligence et la marque de sa supério 
rité sur les Occidentaux qu’il bernait avec des mots. Tous 
ces sentiments se personnifièrent dans le sultan Abd-ul- 
Hamid : c’est pourquoi il fut pour l’Islam tout entier le 
padischah glorieux, vénéré, saint ; ils se complétèrent chez 
lui d’une peur maladive, qui fut la principale raison de ses 
crimes : il tua pour ne pas être tué. Car il savait que les 
Turcs n’aiment pas les sultans réformateurs, et il se sou 
venait des révolutions de 1807 et de 1876 : c’est une autre 
tradition dans l'histoire de l’empire ottoman. Il avait rai 
son, à son point de vue : l’Europe lui fut beaucoup moins 
redoutable que les Derviches ; bien mieux, elle ne trouva 
pas mauvais qu’il régnât ainsi, puisque, dans le temps où 
il massacrait, elle proclamait hautement le principe de 
l’intégrité de l’empire ottoman. Abd-ul-Hamid II fut un 
habile homme ; il trouva le secret de vivre et de contenter 
tout le monde ; il est vrai que l’Europe y mit beaucoup de 
bonne volonté. 
En vérité, la politique de la réforme ottomane était très 
honorable ; mais elle avait échoué ; elle paraissait n’être 
que la politique du néant. 
Certains espérèrent que bientôt l’Europe, lasse d’êtr& 
dupe, et effrayée d’un démembrement qui déchaînerait tou 
tes les convoitises, se déciderait à réformer l’Empire otto-
	        
Waiting...

Note to user

Dear user,

In response to current developments in the web technology used by the Goobi viewer, the software no longer supports your browser.

Please use one of the following browsers to display this page correctly.

Thank you.