Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

INTÉGRITÉ ET RÉFORME DE L’EMPIRE OTTOMAN. 389 
man par la force, à employer le canon s'il le fallait, à 
« cautériser »*. — Mais jamais les grandes puissances ne 
se mettront d'accord pour cautériser. 11 est un principe du 
droit politique européen, qu'elles ont maintes fois pro 
clamé et que le sultan leur rappelle sans cesse et leur fait 
respecter, c’est celui de la souveraineté absolue de la 
Sublime Porte dans l’administration intérieure des pro 
vinces de l’empire ; quand elles font des communications 
au sultan, il est bien entendu qu elles ne prétendent pas 
attenter à son autorité, et que ce sont seulement des indi 
cations qu’elles soumettent à son approbation. Le sultan 
est souverain, et la Turquie est un État indépendant Que 
de difficultés seulement pour introduire un peu d’ordre en 
Macédoine 1 
D’ailleurs on se rendit compte de tout cela, surtout de 
l’impuissance du concert européen. Entraînées par les évé 
nements, et pour éviter de nouveaux malheurs, les puis 
sances, comme malgré elles, en criant toujours bien haut 
les grands principes fondamentaux de l’intégrité de l’empire 
turc, de la souveraineté du sultan dans l’administration 
intérieure de cet empire, proclamèrent l’autonomie de la 
Crète, préparèrent celle de la Macédoine, se préoccupèrent 
de régler la question arménienne, reconnurent officielle 
ment l’union de la Roumélie à la Bulgarie, laissèrent les 
Anglais en Égypte, retombèrent dans l’inévitable voie du 
démembrement. Il leur fallut avouer — car elles agirent 
comme si elles avouaient — que le Tanzimàt ou la réforme 
générale était une chimère, que cette tentative, brutale 
ment achevée en 1877 par l’avènement d’Abd-ul-Hamid 
et la restauration de la théocratie musulmane, n’était dans 
la décadence de l’empire ottoman qu'un « répit », un 
mieux passager précurseur du terme suprême et des der 
niers soubresauts de l’agonie, « que l’on devait prévoir le 
jour où les fils d’Ortogrul et d’Osman, successivement 
refoulés dans leurs premières limites, auraient disparu du 
continent, entre le régime condamné de la force dont ils 
vivaient et le règne de l’invincible civilisation que leur 
instinct repoussait » 
De quelque façon donc qu’on retournât l’analyse des élé- 
1. A. Vandal, Les Arméniens et la Réforme de la Turquie. 
2. E. Engelhardt, La Turquie et te Tanzimàt, II, p. 327-328. Con 
clusion.
	        
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