Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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CONCLUSION.

ses  populations  slaves  les  satisfactions  nationales  diverses
auxquelles  elles  ont  droit,  la  barrière  slave,  plus  que  doublée ­
  en  puissance,  serait  peut-être  infranchissable,  surtout
si  l’on  considère  qu’elle  est  soutenue  naturellement  par  la
Russie,  par  l’Angleterre,  par  la  France,  par  l’Italie  même,
qui  ensemble  ont  intérêt  à  fermer  la  Méditerranée  aux  entreprises ­
  de  l’Allemagne.  Il  y  a  là  de  rudes  batailles  en  perspective. ­

En  attendant,  l’Allemagne  a  profité  des  circonstances
favorables  des  années  dernières  pour  prendre  en  Asie
Mineure  une  position  déjà  forte.  Car,  pour  dire  les  choses
au  vrai,  la  question  de  la  Turquie  d'Asie  est  désormais
posée.  Le  gouvernement  ottoman  affirme  des  intentions  de
réformes  ;  il  y  a  déjà  longtemps  que  de  telles  intentions  chez
lui  demeurent  vaines;  en  tous  cas,  ces  réformes  ne  pourront
consister  qu’en  des  libertés  accordées  aux  diverses  provinces
de  l’Asie  turque,  et,  notamment,  les  populations  arabes  de
la  Syrie  ont  déjà  commencé  à  revendiquer  une  sorte  d’autonomie ­
  ;  il  n’est  pas  difficile  de  percevoir  les  lignes,  encore
vagues,  d’un  démembrement  territorial  de  la  Turquie  d’Asie,
et  aussi  les  positions  prises  par  les  puissances  européennes
du  voisinage.  Si  l’Allemagne  s’est  fait  concéder  le  chemin
de  fer  de  Bagdad,  l’Angleterre  s’en  assure  le  terminus  à
Bassorah,  Koweit,  et  règne  sur  le  golfe  Persique;  la  Russie
tient  les  sources  de  l’Euphrate  et  du  Tigre  par  l’Arménie  ;
la  France  a  des  intérêts  financiers  un  peu  partout,  une  grande
influence  matérielle  et  morale  en  Syrie.  L’Italie  s’approche
et  convoite  Rhodes.  Il  n’y  a  que  l’Autriche-Hongrie  qui  ne
s’approi  he  pas  ;  elle  a  assez  à  faire  d’assurer  sa  propre
existence.
Donc  des  chemins  de  fer  sont  projetés  tout  à  travers  la
Turquie  d’Asie;  des  routes  vont  s’ouvrir  :  chemins  de  fer
fondés  sur  des  capitaux  européens,  routes  du  commerce
européen,  à  travers  un  pays  qui  déjà  n’est  plus  turc  que
de  nom.  L’Islam  non  seulement  recule,  mais  s’efface  en
son  berceau  même  sous  la  domination  économique  de  la
Chrétienté.  C’est  la  croisade  moderne  qui  arrive  aux  tombeaux ­
  du  Christ  et  de  Mahomet.  C’est  l’Europe  aux  portes
de  l’Asie.
Nous  n’avons  pas  cessé  en  tout  ce  livre  de  définir  la
Question  d'Orient  par  la  retraite  de  l’Islam  devant  la  poussée ­
  des  puissances  chrétiennes  :  en  vérité  il  n’y  a  pas  moyen
            
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