Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

PROGRES  DE  L’AUTRICHE.

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irrité  que  le  sultan  eût  reçu  dans  son  empire  le  roi  de
Suède  vaincu.  D’ailleurs  il  entretenait  des  intrigues  en
Serbie,  en  Valachie.  Il  avait  fait  faire  son  portrait  avec
celte  inscription  ;  Pierre  I®'',  empereur  des  Russo-Grecs.  Il
était  heureux  d’avoir  un  prétexte  d’action.  Il  envahit  le
territoire  ottoman,  franchit  le  Dniester,  marcha  vers  le
Pruth.  Le  grand  vizir  conduisit  contre  lui  une  armée  que
le  sultan  refusa  de  confier  à  Charles  XII,  au  grand  désespoir ­
  de  celui-ci.  Les  troupes  russes  n’en  furent  pas  moins
repoussées,  enveloppées  complètement,  â  la  merci  des
Turcs,  réduites,  si  ceux-ci  voulaient,  à  une  capitulation
sans  conditions.  La  maîtresse  du  tsar,  la  future  tsarine
Catherine  P®,  le  sauva  de  cette  crise  ;  elle  fit  porter  au  grand
vizir  tous  ses  bijoux  et  de  riches  présents  ;  elle  n’aurait
sans  doute  pas  désarmé  Charles  XII  au  même  prix.  Le  tsar
en  fut  quitte  pour  signer  le  traité  de  Falksen  (21  juillet
1711):  il  restitua  Azov  et  s’engagea  à  ne  pas  intervenir
dans  les  affaires  polonaises.  C’était  la  seule  concession  que
le  sultan  faisait  aux  idées  politiques  de  Charles  XII  :  il
pensait  ainsi  dresser  une  barrière  devant  l’expansion  de  la
Russie  vers  l’ouest.  Elle  n’était  pas  suffisante.
Les  Turcs  crurent  que  la  fortune  leur  revenait  et  reprirent ­
  les  hostilités  contre  Venise.  En  moins  d’une  année,
ils  reconquirent  la  Morée.  L’Autriche,  garante  du  traité  de
Carlowitz,  libre  vers  l’ouest  par  le  règlement  de  la  succession ­
  d’Espagne,  intervint.  Le  prince  Eugène  arriva  des
Pays-Bas  et  renouvela  ses  victoires  passées.  Il  battit  les
Ottomans  à  Peterwardein  (1716),  conquit  Temesvar  et  tout
le  Banat,  enleva  Belgrade.  Le  sultan  effrayé  se  hâta  de
traiter  à  Passarowitz  (juillet  1718).  Il  paya  cher  son  imprudence. ­
  Venise  renonça  à  la  Morée,  où  du  reste  son  intolérance ­
  religieuse  avait  excité  chez  les  orthodoxes  de  violentes
haines  ;  elle  garda  seulement  la  Dalmatie  :  elle  aussi  reculait ­
  de  jour  en  jour  et  se  renfermait  dans  ses  lagunes,  pour
y  mourir.  Mais  l’Autriche  prit  le  Banat  de  Temesvar,  la
Serbie  septentrionale  avec  Belgrade,  et  la  Petite  Valachie
jusqu’à  l’Aluta.  Elle  ne  s’est  jamais  avancée  plus  loin  dans
la  direction  de  Constantinople.  On  comprend  qu’elle  tienne
le  prince  Eugène  pour  le  plus  illustre  de  ses  hommes  de
guerre.
Les  défaites  subies  éclairèrent  les  Turcs  sur  les  dangers
dont  ils  étaient  menacés.  Le  malheur  leur  rendit  l’énergie
perdue,  et  ils  se  persuadèrent  de  la  nécessité  de  remédier
            
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