Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

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LA  QUESTION  D’ORIENT  AU  XVIII*  SIÈCLE.

aux  abus  de  leur  gouvernement.  Il  y  avait  dans  les  Etats
voisins  des  forces  que  jusque-là  ils  avaient  méprisées,  mais
avec  lesquelles  il  leur  fallait  désormais  compter  ;  et,  de
même  que  Pierre  le  Grand  avait  emprunté  à  l’Occident  les
principes  de  la  transformation  sociale  imposée  à  la  Russie,
aussi  les  sultans  demandèrent  des  leçons  à  l’Europe.  Ils
s’adressèrent  naturellement  à  la  France,  en  souvenir  de  la
tradition  diplomatique  inaugurée  par  François  P‘‘,  et  restée,
malgré  Louis  XIV,  l’un  des  éléments  essentiels  de  la  lutte
contre  la  maison  d’Autriche.  Mais,  tandis  qu’autrefois
c’était  François  I"  qui  sollicitait  l’intervention  du  sultan,
et  que  celui-ci  prenait  avec  le  roi  de  France  un  ton  quelque
peu  protecteur,  les  rôles  maintenant  sont  renversés,  et
c’est  la  France  qui  le  plus  souvent  tient  entre  ses  mains  la
fortune  de  l’empire  ottoman,  par  ce  fait  seul  que  l’Autriche,
jadis  préoccupée  surtout  de  ses  intérêts  dans  l’Occident,  a
évolué  vers  l’Orient,  que  la  Russie  est  entrée  en  scène,  et
qu’ainsi  en  quelque  sorte  le  centre  de  gravité  du  continent
européen  s’est  déplacé  à  l’est.
Alors  prend  naissance,  dans  le  système  politique  du  gouvernement ­
  de  Versailles,  une  conception  qui  d’année  en
année  se  précisa  et  qui  s’est  conservée  jusqu’à  nos  jours  :
la  France  a,  depuis  François  I®*',  des  avantages  commerciaux ­
  considérables,  un  monopole  réel  dans  les  ports  du
Levant.  Elle  a  obtenu  du  sultan,  pour  ses  nationaux  et  pour
les  catholiques  en  général,  des  privilèges  religieux  suffisants, ­
  et  susceptibles  d’améliorations.  Elle  a  intérêt  au
maintien  de  cette  situation  ;  toute  intervention  étrangère
ne  peut  que  lui  être  nuisible.  Elle  se  doit  pourtant  à  ellemême,
  à  son  renom  de  générosité  chevaleresque,  à  son
vieux  titre  de  «  fille  aînée  de  l’Église  »,  de  ne  pas  couvrir
de  sa  complaisance  et  d’une  sorte  de  complicité  les  persécutions ­
  encore  trop  fréquentes  ordonnées  par  les  sultans
contre  les  chrétiens,  les  cruautés  du  gouvernement  ottoman, ­
  la  barbarie  asiatique  dont  il  donne  trop  souvent  les
preuves.  Elle  ne  peut  lier  amitié  avec  lui  qu’à  condition  de
le  transformer,  d’entreprendre  son  éducation  par  ses  marchands ­
  et  par  ses  consuls,  de  l’élever  à  la  dignité  d’un  gouvernement ­
  civilisé.  Ce  sont  les  termes  essentiels  du  dogme
qui  s’établit  dans  la  diplomatie  française  de  l’intégrité  de
l’empire  ottoman.
Jamais  la  France  ne  l’a  appliqué  avec  plus  d’éclat,  n’en
a  tiré  plus  de  prestige  que  pendant  la  guerre  de  la  succes-
            
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