Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

48  LA  QUESTION  D’ORIENT  AU  XVIII*  SIECLE.
Toute  la  Crimée  fut  parcourue  par  les  troupes  russes  et  mise
à  feu  et  à  sang.
L’Autriche  offrit  sa  médiation,  le  sultan  l’accepta  :  il  ignorait ­
  son  accord  avec  la  Russie.  La  Russie  exposa  ses  revendications ­
  :  l’annexion  de  tout  le  pays  du  Caucase  au  Danube,
la  libre  navigation  de  la  mer  Noire,  l’indépendance  de  la
Moldavie  et  de  la  Valachie.  L’empereur  trouva  ces  prétentions ­
  suffisamment  modérées,  et,  en  récompense  de  ses
bons  offices,  réclama  pour  lui-même  le  district  de  Novi-Bazar,
  au  sud  de  la  Serbie.  Le  sultan  se  vit  joué.  II  refusa
naturellement  d’admettre  de  pareilles  conditions  ;  une  armée
autrichienne  envahit  la  Serbie,  prit  Nisch  ;  puis  l’empereur
déclara  la  guerre  aux  Turcs.
Le  sultan  recourut  alors  à  la  France,  et  Villeneuve  redevint ­
  tout-puissant  dans  les  conseils  de  la  Porte.  Les  Turcs,
se  souvenant  des  défaites  que  leur  avait  infligées  le  prince
Eugène,  redoutaient  la  guerre  et  paraissaient  prêts  aux
négociations.  Villeneuve  releva  leur  courage  :  le  prince
Eugène  venait  de  mourir  (1736);  ses  successeurs  ne  le
valaient  pas  ;  l’armée  ottomane  au  contraire  avait  été  transformée ­
  par  des  officiers  français  ;  elle  était  capable  de  contenir ­
  les  Autrichiens,  de  vaincre.
II  eut  raison.  Les  généraux  autrichiens  Seckendorf,
Neipperg,  étaient  en  effet  des  incapables.  Avant  de  s’avancer ­
  de  Nisch  sur  Sofia,  ils  voulurent  prendre  Widdin  sur  le
Danube,  et  échouèrent.  Enhardis,  les  Turcs  reprirent  Nisch
et  descendirent  sur  Belgrade  par  la  vallée  de  la  Morava
(1737)  ;  ils  prirent  Orsova  en  1738,  et,  au  printemps  suivant, ­
  ils  osèrent  remettre  le  siège  devant  Belgrade,  recommencer ­
  les  exploits  de  Soliman  le  Magnifique.
Villeneuve  les  trouva  cette  fois  téméraires  :  il  savait  la
force  de  cette  ville  ;  il  savait  qu’après  un  échec,  ils  seraient
aussi  démoralisés  qu’ils  étaient  alors  entreprenants  ;  il  eut
peur  que  leur  audace  compromît  tout.  Et  il  résolut  d’intervenir ­
  personnellement  pour  sauver  l’œuvre  bien  commencée.
11  quitta  Constantinople  le  26  mai  1739  en  grand  équipage,
avec  une  suite  nombreuse  et  magnifique,  afin  de  prouver
aux  populations  que  l’ambassadeur  du  roi  Très  Chrétien  était
le  seul  maître  de  la  paix  et  de  la  guerre.  Une  telle  démonstration ­
  devait  aussi,  paraît-il,  en  imposer  aux  Autrichiens.
Il  eut  plus  de  succès  que  sans  doute  il  ne  l’espérait  ;  arrivé
à  Belgrade,  il  entamaaussitôtdesnégociationsavec  Neipperg,
le  général  autrichien.  Celui-ci  vint  les  continuer  au  camp
            
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