PROGRÈS DES RUSSES. &i
par ce signe les soulever en masse. Chez tous les souverains
russes qui ont agité ces passions religieuses, de Pierre le
Grand à Alexandre II, il est bien difficile de distinguer la
sincérité religieuse de la politique de l’intérêt bien entendu,
et il se cache en eux, en des proportions variables et parfois
impossibles à déterminer, une variété très originale du
machiavélisme.
D’abord, la mort du roi de Pologne Auguste III donna à
Catherine l’occasion d’intervenir dans les affaires de ce
malheureux royaume. Elle y établit sur le trône son amant
Stanislas Poniatowski. Elle y entretint les dissensions reli
gieuses. Lors de la formation de la confédération de Bar,
elle y envoya des troupes, sous prétexte de protéger les
Juifs et les orthodoxes inquiétés par les catholiques et de
faire respecter la liberté de conscience. Voltaire applaudit.
Le gouvernement français fit quelque chose pour sauver
la Pologne. Choiseul rappela aux Ottomans l’intérêt qu’ils
avaient eux-mêmes à l’intégrité de la Pologne. Le baron
de Tott montra au divan les continuels empiétements de la
Russie ; elle avait donné au pays récemment occupé par
elle entre le Dniéper et le Boug le nom de Nouvelle-Serbie ;
elle y organisait de nombreuses et redoutables colonies
militaires ; elle nourrissait des intrigues suspectes en Mol
davie, en Valachie. Elle se réservait évidemment de repren
dre ses projets sur la mer Noire dès qu’elle serait libre vers
la Pologne. Il était prudent au sultan de la prévenir.
Ce raisonnement fut compris : le sultan se prépara à ?gir
Un prétexte le servit. Des troupes russes, pour entrer en
Pologne par le sud, violèrent le territoire turc vers Balta,
à l’est du Boug. La tsarine ne daignant pas s’expliquer sur
ce fait, le sultan lui déclara la guerre, le 30 septembre 1768.
Au printemps suivant, les Janissaires se portèrent aux bords
du Dniester.
Cette première campagne ne leur fut pas favorable. Les
opérations traînèrent en longueur autour de Choczim ; à la
fin, les Turcs furent surpris au passage du Dniester, dispersés
en une folle panique. Les Russes les suivirent aussitôt vers
le sud, et, par la connivence des populations, entrèrent à
Yassy, à Bucharest.
L’année suivante (1770), l’empire ottoman fut ébranlé,
jusque dans ses fondements, par l’une des plus étonnantes
aventures de toute cette histoire. Un Grec de Larissa,
Papaz-Ogli, devenu capitaine dans l’armée russe, proposa