Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

58  LA  QUESTION  D’ORIENT  AU  XVIII«  SIÈCLE.
menea  de  fixer  les  colons  au  sol,  de  faire  défricher  les
steppes  qui  sont  devenus  depuis  de  merveilleuses  terres  à
blé;  il  y  attira  ainsi  une  population  de  jour  en  jour  plus
serrée;  il  indiqua  les  abondantes  ressources  qu’elle  y  pouvait ­
  trouver.  Il  déplaça  très  sensiblement  vers  le  sud  le
entre  de  gravité  de  l’empire  russe,  que  Pierre  le  Grand
avait  porté  vers  la  Baltique  ;  il  le  poussa  vers  la  mer  Noire,
dans  la  direction  du  Bosphore,  et  dès  lors,  plus  la  Russie  a
exploité  les  richesses  naturelles  de  ce  domaine,  plus  elle  a
eu  besoin  d'un  débouché  vers  la  Méditerranée.
En  ce  sens,  la  possession  de  la  Grimée  était  d’absolue
nécessité.  En  1784,  en  dépit  du  traité  de  1774  qui  en  garantissait ­
  l'indépendance,  la  tsarine  déclara  la  presqu’île
annexée  à  son  empire,  et  le  dernier  souverain  tartare  du
sang  du  Tchinguiz-khan  alla  mourir  chez  les  Turcs.  En  1787,
Catherine  alla  visiter  ses  provinces  du  sud,  cet  «  empire  de
ïauride  »  que  Potemkin  organisait.  Ce  fut  un  voyage  triomphal, ­
  où  le  favori  exagéra  les  résultats  de  son  gouvernement, ­
  faisant  naître  sur  le  passage  de  sa  souveraine  des
villages  populeux,  des  villes  bruyantes  d’activité  au  milieu
des  solitudes  muettes.  Il  la  conduisit  à  Kherson,  où  elle  vit
un  arsenal  formidable  préparé  pour  la  guerre  sainte  prochaine, ­
  à  Sébastopol,  dont  le  port  naturel  était  déjà  aménagé; ­
  il  lui  montra  de  nombreux  vaisseaux  de  guerre  sur
toutes  ces  côtes;  il  la  fit  passer  sous  des  arcs-de-triomphe
portant  cette  inscription:  «  Chemin  de  Byzance  ».  Il  la
précéda  jusqu’à  la  frontière  turque,  comme  pour  indiquer  à
ses  armées  la  route  de  l’invasion.  Elle  eut  à  Kherson  une
entrevue  avec  l’empereur  Joseph  II  et  le  projet  grec  entra
dans  la  voie  de  l’exécution.
Le  Divan  vit  dans  le  voyage  de  Kherson  et  dans  l’occucupationde
  la  Crimée  de  suffisantes  provocations.  Il  déclara
la  guerre  à  la  Russie  dès  le  13  août  1787.  Mais  les  Turcs  ne
furent  pas  prêts  à  entrer  en  campagne  avant  le  printemps
suivant.  Ils  prirent  alors  l’offensive  et  se  jetèrent  sur  Kinburn,
  d’où  Souvarof  les  repoussa.  Le  général  russe,  poursuivant ­
  son  succès,  prit  Otchakof,  marcha  vers  le  Dniester.
Joseph  II,  retenu  pendant  ce  temps  par  l’insurreetion  des
Belges,  envoya  Laudon  contre  les  Turcs  au  commencement
de  l’année  1789.  Belgrade  fut  prise,  et  les  Autrichiens  entrèrent ­
  en  Bosnie.  Les  opérations  militaires  sur  le  Danube
furent  encore  retardées  par  une  diversion  suédoise.  Gustave ­
  III,  fidèle  à  l’alliance  turque  conclue  en  1740,  fidèle
            
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