Full text: La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

62 LA QUESTION D’ORIENT AU XVIII* SIÈCLE. 
gandages sur un plus vaste terrain. 11 conquit et pilla Herat, 
Merv, Kandahar, Ghazna; dans le Turkestan, Khiva, Bou 
khara, Samarkand. Puis il fut maître de Kaboul, envahit 
l’Inde, pilla Lahore, Delhi (1738), en rapporta d’énormes 
richesses. Ce pirate du désert avait un moment refait l’em 
pire des Achéménides du Tigre à l’Indus. Ce ne fut pas pour 
longtemps: il fut assassiné en 1747. La Perse fut encore 
une fois démembrée; l’Afghanistan en resta séparé. En 1761, 
un chef de bande, d’origine turcomano, fonda à Téhéran la 
dynastie des Kadjars, qui a continué d’y régner jusqu’à nos 
jours. 
Les peuples de l’Iran semblaient donc impuissants à 
fonder après les Mongols une organisation politique durable. 
On dirait que ces Aryens ont épuisé toute leur vitalité dans 
les temps anciens ; ce sont d’autres Aryens venus d’Europe 
qui ont conduit la lutte contre les races étrangères. 
Le dernier souverain glorieux delà dynastie des Grands 
Mongols de Dehli fut Aureng-Zeb. Fils de Shah-Djahan, 
après s’être débarrassé de l’opposition de ses frères, il ré 
gna de 1660 à 1707. Ce contemporain de Louis XIV fut un 
musulman intolérant, un véritable saint pour les disciples 
de Mahomet, « l’empereur-derviche », comme on l’a ap 
pelé. C’est au nom de l’Islam qu’il prétendit achever la 
conquête mongole dans l’Inde; il réprima cruellement une 
révolte des Fakirs, un soulèvement du Radjpoutana. Il 
attaqua le plateau du Dekkan; il prit Golconde ; il porta 
son empire jusqu’à Tritchinapaly, sur le Cavéry ; il ne put 
pas arriver jusqu’à l’extrémité méridionale de la presqu’île. 
Ce fut le dernier effort des musulmans de l’Inde. Les 
persécutions religieuses ordonnées par Aureng-Zeb eurent 
pour résultat de surexciter la foi des Hindous, de leur rendre 
la conscience de leur nationalité, de préparer ainsi une 
réaction vigoureuse contre les Mongols étrangers à la fois 
par leur race et par leur religion. Les Mahrattes commen 
cèrent à se soulever sous le brigand Sivadji; les Seykhs 
manifestèrent leur tempérament belliqueux sur l’Indus. 
Sous l’empereur Ahmed (1748-1759), les Mahrattes de 
Pouna, près de Bombay, furent puissants jusqu’au Gange 
et se firent les protecteurs du Grand Mongol. Il trouva un 
défenseur de l’Islam, d’ailleurs redoutable pour lui-même, 
dans un usurpateur afghan qui accourut avec ses bandes et 
livra aux Mahrattes la bataille de Panipat, au nord d« 
Delhi (1761). Les Mahrattes furent vaincus, et la * recon-
	        
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