Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

66  LA  QUESTION  D’ORIENT  AU  XVIII*  SIÈCLE.
Après  Clive,  qui  fut  accusé  de  concussions,  acquitté^
mais  «  blâmé  »  d’avoir  détourné  6  ou  7  millions  de  francs,,
aux  dépens  de  la  Compagnie,  et  qui  se  tua  en  1774,
Warren  Hastings  fut  le  premier  gouverneur-général  des
possessions  anglaises  de  l’Inde,  de  1774  à  1785.  Aussi  peu
scrupuleux  que  Robert  Clive,  il  remplit  consciencieusement ­
  les  caisses  de  la  Compagnie,  dont  les  dividendes
furent  superbes.  Le  nabab  de  Bénarès  fut  quelque  temps
taillable  à  merci  ;  pendant  plusieurs  années,  il  dut  livrer
50.000  livres  sterling,  puis  100.000,  puis  500.000,  sans
compter  les  petits  cadeaux  au  gouverneur  ;  quand  il  fut
ruiné,  on  le  déposséda,  on  lui  prit  sa  ville  et  son  territoire.
Hastings  ensuite  s’entendit  avec  le  rajah  d’Aoude  pour
dépouiller  la  grand’mère  et  la  mère  de  celui-ci  :  les  Begums ­
  furent  cernées  dans  leur  palais  de  Faizabad,  menacées ­
  de  mort  par  famine  ;  elles  livrèrent  un  trésor  de
1.200.000  livres,  et,  parce  qu’elles  avaient  résisté,  leurs
terres  furent  confisquées.  La  politique  de  Warren  Hastings
était  une  politique  de  bandit  ;  mais  il  avait  fortifié  la  domination ­
  anglaise  dans  le  Bengale,  préparé  la  lutte  prochaine
contre  les  Mahrattes,  répandu  d’un  bout  à  l’autre  de  la
péninsule  la  terreur  du  nom  anglais,  enrichi  les  actionnaires
de  la  Compagnie.  Accusé  de  concussions  et  de  crimes  variés
par  les  plus  illustres  orateurs  de  l’Angleterre,  Burke,  Fox,
Sheridan,  qui  défendaient  les  droits  sacrés  de  la  justice  et
de  l’humanité,  il  fut  acquitté  à  l’unanimité.  H  vécut  de
longues  années  encore  dans  son  magnifique  domaine  de
Daylesford,  et  mourut  en  1818,  titulaire  du  doctorat  en
droit  de  l’université  d’Oxford,  membre  du  Conseil  privé  de
la  couronne,  populaire  et  comblé  d’honneurs.  Ses  amis
pourtant  ne  purent  lui  faire  obtenir  la  pairie.
A  la  fin  du  XVIII*  sièole,  la  décadence  des  puissances  musulmanes, ­
  des  Ottomans  de  l’Europe,  des  Mongols  de
l’Inde,  des  Persans  de  l’Iran,  paraît  irrémédiable.  Emportées ­
  d’abord  par  le  fatalisme  aux  plus  extraordinaires  conquêtes, ­
  elles  semblent  désormais  s’abandonner  à  la  fatalité
contraire,  et  leurs  tentatives  de  réaction  contre  cette  fatalité
n’ont  pas  de  durée.  L’avenir  leur  échappe.
En  Europe,  l’Autriche,  de  plus  en  plus  tournée  vers  les
Balkans,  a  reconquis  la  Hongrie  ;  elle  est  arrivée  devant
Belgrade  et  les  Portes  de  fer  :  elle  dépassera  peu  cette
limite.  La  Russie  a  atteint  la  mer  Noire,  le  Caucase,  le
            
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