Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

LES  APPROCHES.

79-restituer

  Malte  aux  chevaliers  de  Saint-Jean.  La  France
s’engagea  à  évacuer  les  ports  qu’elle  occupait  dans  le
royaume  de  Naples;  elle  renonçait  aux  lies  Ioniennes  qui
devaient  former  la  République  des  Sept-Iles,  sous  le  protectorat ­
  de  la  Porte  et  de  la  Russie.  Les  grands  projets  de
Bonaparte  sur  la  Méditerranée  étaient  renversés  :  l’Orient
lui  échappait.  Mais  il  n’avait  pas  dit  à  cet  égard  son  dernier
mot.
Tout  en  détournant  avec  grand  succès,  et  aussi  avec  le
concours  des  circonstances,  les  entreprises  dirigées  contre
eux,  l’expédition  d’Égypte  ou  le  plan  franco-russe  d’une
part,  et  bientôt  d’autre  part  la  menace  du  camp  de  Boulogne, ­
  les  Anglais  fortifiaient  avec  une  énergie  infatigable
leur  établissement  dans  l’Inde,  et  y  accomplissaient  des
conquêtes  aussi  considérables  et  plus  durables  que  les  plus
étonnantes  de  l’épopée  napoléonienne.
Warren  Hastings,  jusqu’à  sa  retraite  en  1785,  avait
achevé  la  soumission  du  Carnatic  et  de  la  côte  des  Circars
récemment  enlevés  à  la  France  ;  il  avait  étendu  le  Bengale
jusqu’à  Bénarès.  De  ces  deux  points  de  départ,  ses  successeurs ­
  continuèrent  la  conquête  du  Dekkan  et  celle  du  bassin ­
  du  Gange.  Des  deux  côtés,  ils  ne  rencontrèrent  pas
seulement  les  petits  souverains  indigènes,  mais  auprès
d’eux  un  grand  nombre  d’officiers  et  d’aventuriers  français,
héritiers  de  la  pensée  de  Dupleix  et  de  Bussy.  Le  plus
illustre  fut  le  Savoisien  Benoît  de  Boigne,  ce  «  magicien
qui  faisait  des  canons  avec  des  pierres,  du  riz  avec  du  sable,
des  héros  avec  des  Hindous,  »  et  qui  fut,  entre  1785  et
1794,  le  principal  instrument  de  la  puissance  du  Sindhia
des  Mahrattes,  souverain  des  pays  du  Gange  supérieur  et
de  la  Djemma,  protecteur  du  Grand  Mongol  de  Delhi.  A  ce
point  de  vue,  les  guerres  des  Anglais  dans  l’Inde  sont
comme  un  épisode  de  leur  grande  lutte  contre  la  France.
Lors  de  la  guerre  de  l’indépendance  américaine,  le  bailli
de  Suffren  avait  trouvé  un  allié  dévoué  dans  le  souverain ­
  du  Mysore,  l’usurpateur  Haïder-Ali:  la  conclusion
hâtive  du  traité  de  Versailles  avait  empêché  que  cette
alliance  portât  tous  ses  fruits.  Haïder-Ali  n’en  était  pas
moins  un  dangereux  voisin  pour  les  Anglais.  Après  lui,  son
fils  Tippoo-Sahib  leur  voua  la  même  haine  et  attira  sur  le
Mysore  les  armes  de  Lord  Cornwallis,  le  successeur  de  Warren ­
  Hastings.  Dans  une  première  guerre,  de  1790  à  1792,
les  Anglais  lui  prirent  Bengalore,  le  vainauirent  à  Arikéra
            
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