Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

‘82  LE  GRAND  DESSEIN  DE  NAPOLÉON.
victoire  de  Lasvari.  Une  garnison  anglaise  fut  installée  à
Delhi,  auprès  du  Grand  Mongol,  inutile  spectateur  de  ces
luttes  autour  de  son  trône.
Dès  lors,  c’en  était  fait  de  la  puissance  des  Franco-Hindous,
  qui  avait  paru  un  moment  capable  de  sauver  l’indépendance ­
  de  l’Inde,  mais  que  le  gouvernement  français
n’avait  pas  pu  ou  pas  su  soutenir.  Vainqueurs  des  héritiers
du  grand  Sindhia,  les  Anglais  purent  se  donner  pour  les
protecteurs  du  Grand  Mongol,  pour  les  légitimes  représentants ­
  de  sa  suzeraineté  sur  toute  la  péninsule.  Ils  s’acquit
tèrent  consciencieusement  de  cette  fonction.
II.  —  L.6  grand  plan  de  Napoléon  sur  l’Orient.
L’Inde  était  désormais  un  facteur  essentiel  de  la  politique
générale,  et,  depuis  l’expédition  d’Égypte,  les  Anglais  en
surveillaient  toutes  les  routes,  notamment  celle  de  la  Méditerranée. ­
  Pour  les  atteindre  et  les  réduire  à  l’impuissance,
il  fallait  occuper  les  positions  principales  sur  cette  mer.  Or
ils  ne  se  décidèrent  qu’en  1803  à  évacuer  l’Égypte  ;  ils  refusèrent ­
  d’évacuer  Malte,  Napoléon  dans  le  même  temps
violant  d’autre  façon  le  traité  d’Amiens  ;  et,  moins  d’un  an
après  la  signature  de  la  paix,  au  printemps  de  1803,  la
guerre  fut  de  nouveau  déclarée.
Napoléon  savait  bien  la  rupture  inévitable;  il  lui  suffit
d’assurer  aux  fêtes  de  son  avènement  et  de  son  couronnement ­
  la  paix  nécessaire  à  leur  éclat  et  à  leur  grandeur.  Dès
l’automne  de  1802,  il  envoyait  le  colonel  Sébastian!  en
mission  «  commerciale  »  dans  le  Levant.  Celui-ci  cacha  à
peine  le  caractère  militaire  de  son  voyage  ;  il  passa  par
Tripoli,  puis  par  Alexandrie  et  Le  Caire.  Il  y  fut  accueilli
par  des  acelamations  unanimes  :  elles  étaient  surtout  l’expression ­
  de  la  colère  excitée  par  la  tyrannie  maritime  de
l’Angleterre.  A  Saint-Jean  d’Acre,  il  fut  reçu  avec  le  même
enthousiasme  ;  il  resta  aussi  quelque  temps  à  Smyrne,  aux
îles  Ioniennes.  Quand  il  fut  revenu  en  France,  son  rapport
fut  publié  au  Moniteur  Officiel  du  30  janvier  1803,  et  il  se
trouva  surtout  rempli  de  considérations  stratégiques  sur  la
situation  du  Levant,  les  chances  de  succès  d’une  nouvelle
expédition  sur  la  Méditerranée  :  «  6.000  Français,  y  disaitil,
  suffiraient  à  reprendre  l’Égypte  ».  Les  Anglais  crurent
prudent  de  garder  Malte,  et  les  Russes  envoyèrent  des
troupes  aux  îles  Ioniennes.
            
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