3 — LE PROBLÈME MUSULMAN
par M. Georges Harpr,
directeur de l’Ecole coloniale
D’après les statistiques les plus récentes et les mieux
établies, la France compte en Afrique, y compris Mada-
yascar et ses dépendances, plus de dix-neuf millions
de sujets ou protégés musulmans.
Dans l'Afrique du Nord et le Sahara, on peut dire que
tous les indigènes, en dehors des groupements israélites,
sont musulmans ou du moins islamisés. C’est par excel-
lence le pays des mosquées et des confréries.
L'Afrique occidentale est beaucoup moins homogène :
si les musulmans peuplent la Mauritaine, s’ils dominent
largement au Sénégal, en Guinée française et au Niger,
s'ils sont encore nombreux au Soudan et en Haute-Volta,
ils sont manifestement en minorité en Côte d’Ivoire, au
Dahomey, au Togo, et ils se heurtent, au Soudan, en
Haute-Volta et même au Sénégal, à d’importants blocs
animistes.
En Afrique équatoriale, les populations de la Forêt
n’ont guère été touchées par l’Islam ; mais le Tchad est
essentiellement musulman, le Cameroun et l’Oubangui-
Chari le sont un peu.
À Madagascar, l'Islam n’est guère installé que chez les
Comoriens, sur la côte ouest et à l’extrême-sud-est.
L’islamisation dans les colonies françaises d'Afrique
est donc beaucoup moins générale qu’on n’a tendance à
le penser. Mais ces dix-neuf millions de musulmans,
soumis à l’autorité de la France, suffisent à faire d’elle.