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CONCLUSION.
de le rester ; elle aide ses pas mal assurés dans cette voie
si nouvelle pour lui ; elle lui fournit des capitaux pour ses
voies ferrées, pour ses écoles. Surtout en 1868, elle fonde
les plus généreuses espérances sur la création du lycée de
Galata-Seraï ; elle y appelle des jeunes gens de toute ori
gine ; elle leur enseigne sa langue ; dans cette langue,
elle leur enseigne les rudiments de la civilisation occi
dentale, pense leur faire oublier les variétés de leurs
langues maternelles, leur donner en français des idées et
des sentiments français, les imprégner ainsi profondément
de l’esprit de tolérance, leur refaire une âme nouvelle, dé
gagée de tous les mortels préjugés d’autrefois, ouverte à
tous les progrès.
11 n’y a pas de plus noble entreprise dans l'histoire de la
France au xix® siècle ; même la bataille de Navarin ne rap
pelle pas des sentiments plus élevés.
Le Tanzimat parut longtemps avoir totalement échoué,
et il suffirait de reprendre les abus qu’énumèrent, en
annonçant leur suppression, les Chartes de réformes de
1839, 1856, 1864, 1877, pour refaire le tableau de l’empire
ottoman, du moins à la veille de la récente révolution :
aucune sécurité pour la vie, l’honneur et les biens des
chrétiens, aucune justice dans la répartition et la percep
tion des impôts, aucunes libertés civiles ni politiques,
aucune égalité en quelque matière que ce soit. Les musul
mans se considéraient toujours comme la classe diri
geante et conquérante ; les chrétiens n’étaient toujours
que des ralas. 11 n’y avait pas la moindre pénétration des
uns par les autres ; ils étaient plus que jamais des enne
mis irréductibles, qu’il fallait séparer, pour la paix de
l’Europe.
11 ne convient peut-être pas de douter de la sincérité réfor
matrice de Sélim 111, de Mahmoud 11, d’Abd-ul-Medjid et de
leurs ministres. Cependant il convient de noter que leurs
plus éloquentes promesses sont contemporaines des plus
graves dangers que l’empire a courus dans ce siècle. La
charte de Gulhané suivit de près la défaite de Nézib, et con
tribua à décider l’intervention européenne contre l’armée
égyptienne d’ibrahim-pacha. En 1856, les représentants du
sultan admis au congrès de Paris se montrèrent reconnais
sants de cet honneur exceptionnel, en communiquant aux
puissances l’intention où était leur souverain de suivre ré
solument la voie des réformes, et bientôt, les puissances