fullscreen: La Hongrie de l'Adriatique au Danube

DE L’ADRIATIQUE AU DANUBE. 
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redire les vieilles piesmas héroïques, mais aussi à composer des chants nou 
veaux, surtout des chansons de circonstance, on s’v prend de bonne heure 
pour développer le sentiment poétique du jeune aveugle; à dix ans, on lui 
achète une gusla, on le conduit le matin dans la forêt voisine, et on l’y 
laisse jusqu’au soir, au pied d’un sapin, assis sur la mousse. L’enfant écoute 
le murmure mélancolique du vent dans les branches, les rumeurs vagues 
qui sillonnent la profondeur des bois, les chants des oiseaux, les bruisse 
ments des feuilles et des insectes; puis, bientôt, pénétré de la grande poésie 
de la nature, il s’étudie à reproduire sur sa gusla tous ces bruits harmo 
nieux, pleins de poésie et de mystère. 
Enfin, quand il sait faire vibrer sous son archet des sons qui remuent 
lame et font rêver le cœur, on le mène à l’entrée d’un bourg ou d’une 
ville, à côté d’un vrai guslar, de qui il apprend alors les vieilles rapsodies 
héroïques, en l’écoutant à son insu. S’il a bonne mémoire, le voilà, au bout 
de l’année, guslar à son tour; et désormais il gagnera sa vie en allant de 
marché en marché et de village en village, chanter les fastes glorieux de la 
patrie, les hauts faits des ancêtres, les combats héroïques contre l’ennemi 
héréditaire, ballades de la plaine et de la montagne, du laboureur et du 
brigand; et il improvisera aussi pour les festins de noce et de baptême des 
chansons satiriques, qui enrichiront le répertoire des jeunes filles du village. 
— C’est dommage, me dit le jeune étudiant de l’Université d’Agram qui 
me servait d’interprète auprès du vieux rapsode, c’est dommage que Mirko 
ne soit pas venu. 
— Pourquoi? 
— Parce que vous auriez vu un type de guslar bien curieux. On l’appelle 
Mirko, le neveu du pendu. 
— Ah !... Son oncle a été pendu ? 
— Oui; c’était aussi un guslar. 
— Mais je suppose qu’on ne l’a pas pendu pour le simple plaisir de voir 
la mine qu’il ferait avec une corde au cou. 
— C’était un assassin. 
— Un aveugle assassin? Voilà une histoire qui doit être dramatique; 
comme je voyage pour recueillir des faits intéressants, je vous déclare que 
je ne vous quitterai pas que vous ne me l’ayez contée. Venez; allons nous 
asseoir dans ce cabaret, à l’ombre de ces branches vertes, nous y serons a 
l’aise; vous parlerez, vous boirez, et j écrirai. 
— A votre service. 
Nous allâmes nous attabler un peu à l’écart, car il y avait la des paveaos 
qui mangeaient des têtes de porc et des quartiers d’agneau; nous nous
	        
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