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LE GRAND DESSEIN DE NAPOLÉON.
cause aussi des dissentiments qui s’étaient déjà manifestés
entre les deux alliés au sujet de l’Orient, les conversations
furent beaucoup moins cordiales. Chacun d’eux chercha à
tirer pour soi le meilleur parti de la rencontre, et les vastes
pensées de jadis, les vertigineuses envolées d’imagination
firent place à la froide discussion d’un protocole où l’on tut
de parti pris les brûlantes questions récemment soulevées
par la lettre de février.
Napoléon retira une partie de ses troupes des garnisons
prussiennes ; il comptait que le tsar lui garantirait la tran
quillité de l’Allemagne et de l’Autriche. En échange de ce
service dont d’ailleurs il devait s’acquitter très légèrement,
Alexandre 1" se fit reconnaître la possession de la Finlande,
qu’il venait d’enlever aux Suédois, et surtout celle des
Principautés de Moldavie et de Valachie, « prenant le Da
nube pour frontière ». Napoléon demanda seulement que
cette convention ne fût pas aussitôt publiée.
11 put ainsi partir pour l’Espagne et rétablir son frère
sur le trône de Madrid, lient à peine le temps d’achever
son entreprise : comme il poursuivait vers la Galice l’armée
anglaise du général Moore, avant de l’avoir atteinte, il fut
rappelé à Paris par l’agitation patriotique de l’Allemagne
et les armements de l’Autriche. Il y courut. Il forma préci
pitamment son armée sur le Danube supérieur et marcha
au-devant de l’archiduc Charles. Il comptait sur le concours
des troupes russes; il n’eut que des protestations d’amitié,
sans appui efficace. Il comprit dès lors qu’il n’avait plus rien
à espérer de l’alliance du tsar.
Il n’en fut pas moins victorieux des Autrichiens autour de
Ratisbonne, et surtout à Wagram, le 9 juillet 1809, et leur
imposa le traité de Vienne. Il annexa à son empire le dis
trict de Villach en Carinthie, toute la Carniole, Gœritz, la
Croatie civile et militaire, Trieste, Raguse et Fiume. L’Au
triche n’eut plus de côtes sur l’Adriatique et Napoléon y put
surveiller étroitement l’application du blocus continental.
De ces provinces, jointes à la Dalmatie qu’il possédait de
puis 1805, il fit le gouvernement des provinces illyriennes,
qu’il confia à Marmont, duc de Raguse, avec Laybach pour
capitale. Il était bien placé, vers la Save supérieure et
aux bouches de Cattaro, pour tenir en échec l’ambition russe
sur le Danube.
Les souvenirs de la domination française dans ces ré
gions sont restés très vivaces. Les habitants trouvaient les