199
CHAP. XVI. — DES IMPOTS SUR UES SALAIRES.
» ou, ce qui revient au même, la valeur d’une plus grande portion
» du produit de la terre, et par conséquent qu’il payât moins de
» rente au propriétaire. Ainsi, dans ce cas, le paiement définitif de
» ce surhaussement de salaires, en y joignant Je profit additionnel
» du fermier qui Vaurait avancé, retomberait sur le propriétaire.
» Dans tous les cas, un impôt direct sur les salaires du travail doit
» nécessairement occasionner, à la longue, une plus forte diminution
“ dans la rente de la terre; et en même temps une plus forte hausse
'• dans le prix des objets manufacturés que n’en aurait pu occasion-
" ner, d’une part ni de l’autre, l’imposition d’une somme égale au
" produit de cet impôt, qui aurait été convenablement assise, par-
» tie sur le revenu de la terre, et partie sur les objets de consomma-
“ tion. » Tome IÍI, page .337.
Smith soutient, dans ce passage, que le surhaussement des sa
laires payé par les fermiers doit retomber en définitive sur les
propriétaires fonciers, qui recevront moins de rente; mais que
l’excédant de salaires payé par les manufacturiers à leurs ouvriers
occasionnera une hausse dans le prix des ouvrages manufacturés,
et que ce surcroît de frais retombera par conséquent sur le con
sommateur.
Supposons la société composée de propriétaires fonciers, de ma
nufacturiers, de lermiers et d ouvriers. On convient que les ouvriers
seront dédommagés de ce qu’ils paieront pour l’impôt; mais qui
les en dédommagera? qui voudra se charger de payer la portion
qui ne retombe pas sur les propriétaires? IjCS manufacturiers ne
pourraient en payer aucune partie ; car, si le prix de leurs mar
chandises haussait à proportion du surhaussement des salaires qu’ils
sont obligés de payer, ils se trouveraient dans une plus belle po
sition après l’impôt qu’auparavant. Si le fabricant de drap, le
chapelier, le cordonnier, etc., pouvaient chacun élever le prix de
s(‘8 marchandises de 10 pour cent, en supposant que c«s 10 pour
cent suffisent complètement pour les indemniser du surcroît de sa
laires qu’ils paient à leurs ouvriers; si, comme le dit Adam Smith,
" ils étaient à la fois dans la nécessité et dans le droit de reporter
» ce surcroît de salaires, avec un profit, sur le prix de leurs mar-
• ehandises, • dans ce cas, chacun d’eux pourrait consommer autant
de marchandises des autres marchands que par le passé, et par
conséquent ils ne contribueraient en rien à l’impiH. Si le fabricant
draps payait ses chapeaux et ses souliers plus cher, il vendrait
aussi son drap à plus haut prix. Ces fabricants achèteraient tous