134 EVOLUTION INDUSTRIELLE DE LA BELGIQUE
leversa les anciennes idées. Les commerçants gantois,
caractérisés par le préfet Failpoult, en 1805, « comme
des gens qui aiment de prendre leur père comme exem
ple », furent entièrement transformés. L’activité et le
succès de Liévin Bauwens, écrit Varlez, avaient modi
fié le caractère lent et timoré de ses concitoyens. Tous
voulaient avoir des cotonnières (1).
A Liège, Henri Joseph Orban, le fils de Michel et
l’Anglais John Cockerill rompirent avec l’ancien tra
ditionnalisme. « Désormais, la carrière est ouverte,
l’élan est donné, l’impulsion féconde se propage comme
par un courant électrique. Aux timides, aux hésitantes
conceptions, aux traditions de la routine succèdent l'es
prit d'entreprise et l'amour du progrès. Cockerill et
Orban secondent tous les nouveaux efforts ; tout pro
cède de leur influence, tout s’émeut et s’agite et en
quelques années, les vallons de la Meuse et de l’Ourthe
se couvrent de hauts-fourneaux, de houillères, d’ateliers,
de forges où le bruit de l’enclume et la voix retentis
sante de la vapeur proclament l’avènement de l’indus
trie liégeoise » (2).
Cette expansion subite de « l’esprit capitaliste » peut
aisément s’expliquer. Ce n’est pas eu effet un phéno
mène psychologique nouveau, mais uniquement « une
mise en œuvre spéciale de qualités générales d’esprit
et de caractère » (3). Quand un changement de condi
(1) L. Vari.ez. 1. c. v. I, p. 27.
(2) F. Capitaine. 1. c. p, H.
(3) W. Sombart. Der kapitalistische Unternehmer. Archiv für Sozial-
wissenschaft und Sozialpolitik. t. 29. 1909, p. 751.