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C’est dire que le succès de l’industrie dépendait presque complètement de la mesure dans
laquelle il était possible de compter sur une collaboration active et permanente des éleveurs.
Il n’est pas téméraire de penser que c’est cette nécessité qui a assuré la prédominance des
abattoirs coopératifs sur les abattoirs privés.
Le premier abattoir coonératif a été établi en 1887; trois ans plus”tard, il v avait 10
abattoirs coopératifs et, en 1925, il y en avait 50. De 1888 à 1914, le nombre des pores traités
dans les abattoirs coopératifs a augmenté plus de mille fois (de 23.400 à 2.434.615). En 1923,
les abattoirs privés n'étaient plus qu’au nombre de 16. Leur nombre tend à décliner (il v en
avait 21 en 1912). Leur imnortance movenne est d’ailleurs inférieure à celle des ahattoirs
coopératifs, puisque, en 1924, sur 4.024.038 pores abattus au Danemark, 3.297.286, soit
80 pour cent, étaient entrés dans les 49 abattoirs coopératifs existant alors.
Le principal et presque l’unique débouché de cette industrie, c’est la Grande-Bretagne
qui, en 1923, absorbait 85 pour cent du bacon produit au Danemark.
L'organisation de cet écoulement présente quelques caractères intéressants qui mar-
quent l'effort systématique des éleveurs danois pour raccourcir le chemin entre la production
et la consommation.
Il n’y a, au Danemark, aucun intermédiaire occupé à l’exportation du bacon des abat-
toirs coopératifs. Ceux-ci se trouvent donc en contact direct avec le marché britannique.
La moitié d’entre eux v utilisent les services de commissionnaires qui les représentent et les
tiennent en rapport avec les grossistes.
Les autres se sont efforcés d’organiser leur écoulement d’une manière plus directe encore,
soit, exceptionnellement, en établissant des relations immédiates avec les détaillants (géné-
ralement de grandes entreprises à surcursales multiples), soit par le moyen d’une agence
d'importation sous leur contrôle, la « Danish Co-operative Bacon Trading Co. ».
La « Danish Co-operative Bacon Tradina Co. ». — Cette société, qui est enregistrée et
fonctionne sous le régime juridique des sociétés britanniques, a été créée en 1902 par trois
abattoirs coopératifs: elle en groupe aujourd’hui 18, qui s’engagent à lui livrer le total de
leur production hebdomadaire destinée à l’exportation. Elle écoule à elle seule environ le
tiers du bacon importé du Danemark et est ainsi le plus important des organismes de distri-
bution du bacon en Grande-Bretagne.
Elle cumule les fonctions des commissionnaires et celles des grossistes et ne prélève
pourtant sur ses opérations qu’une commission de 1,5 pour cent, qui représente la rémunéra-
tion movenne des seuls commissionnaires. Pour cette raison, elle passe pour avoir déterminé
une réduction du taux de commission antérieurement pratiqué par les représentants des
abattoirs. En outre, et bien que cela ne puisse être établi par des documents indiseutables
(en raison de méthodes comptables qui rendent très difficile toute comparaison), la Danish
Co-operative Bacon Trading Co. affirme qu’elle assure aux abattoirs coopératifs qui ‘sont
ses membres un prix supérieur à celui que recoivent de leurs commissionnaires les autres
abattoirs; en même temps, elle affirme que, grâce à l’approvisionnement considérable dont
elle dispose, elle est en mesure de demander aux détaillants un prix inférieur à celui qu’exigent
les grossistes. En tout cas, il est généralement admis que son activité exerce une action
stabilisatrice sur l’ensemble du marché du bacon.
Signalons encore quelques particularités intéressantes concernant le mode de réparti-
tion de ses excédents et la constitution de son capital. Les excédents nets sont répartis par
moitié entre les détaillants acheteurs et les abattoirs fournisseurs et chaque abattoir ou
détaillant recoit une ristourne proportionnelle au montant des opérations qu’il a faites avec
la”société. Quant au capital, il est fourni principalement par les 18 abattoirs coopératifs,
proportionnellement à l’importance de la portion de leur production qui est destinée à
l’exportation; une faible partie est apportée par quelques-uns des détaillants qui s’appro-
visionnent auprès de la société ; ces détaillants peuvent, s’ils le désirent, employer le montant
de leurs ristournes à augmenter leur participation en capital dans la société.
Par sa structure, par son fonctionnement, comme par le rêle qu'elle joue sur le"marché,
cette société porte donc certaines caractéristiques qui rappellent la « New Zealand Produce
Association Limited », qui”unit, sur lc"marché des produits laitiers, les organisations coopé-
ratives des producteurs de Nouvelle-Zélande et les consommateurs organisés coopérative-
ment en Grande-Bretagne !,
1 Voir pp. 28-29.