Full text : La question d'Orient depuis ses origines jusqu' à nos jours

PROGRÈS  DE  L’AUTRICHE.

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turc  devant  la  ville  ;  le  grand-vizir,  qui  le  reçut,  s’emporta
en  violences  contre  lui,  etNeipperg,  menacé  par  une  explosion ­
  du  fanatisme  musulman,  eut  peur,  se  réfugia  chez  l’ambassadeur ­
  de  France,  sous  sa  sauvegarde.  Très  rapidement
Villeneuve  le  décida  à  demander  à  l’empereur  de  pleins
pouvoirs  pour  traiter,  et,  quand  ils  furent  arrivés,  il  lui  fit
signer  le  1®''  septembre  1739  le  traité  de  Belgrade.
L’Autriche  rendait  au  sultan  la  Serbie,  la  Valachie  occidentale, ­
  Orsova,  Belgrade  même,  que  les  Turcs  n’avaient
pas  pris  et  dont  elle  obtint  seulement  de  raser  les  fortifications ­
  nouvelles  dont  elle  l’avait  entourée.  Les  conséquences
de  ce  désastre  furent  lointaines  :  depuis  cette  date  jusqu’à
1878,  l’Autriche  ne  dépassa  pas  les  frontières  où  le  traité
de  Belgrade  la  fixait.  Son  offensive  dans  la  péninsule  des
Balkans  était  pour  longtemps  brisée,  et  par  la  France.
La  Russie  traita  aussi  quelques  semaines  après.  Elle  ne
garda  qu’un  lambeau  de  territoire  entre  le  Dniéper  et  le
Boug,  à  distance  de  la  côte,  qui  lui  restait  interdite.
Villeneuve  poussa  son  succès  jusqu’au  bout.  L’année
suivante,  le  19  juillet  1740,  il  fit  signer  un  pacte  de  défense
mutuelle  entre  la  Suède  et  la  Turquie.  Si  la  Pologne  était
pénétrée  par  l’influence  austro-russe,  d’autres  obstacles  lui
étaient  ainsi  opposés.
Et  enfin,  en  récompense  du  service  considérable  que  le
marquis  de  Villeneuve  venait  de  lui  rendre,  le  sultan  renouvela ­
  et  compléta  les  Capitulations  précédemment  accordées
à  la  France  :  les  privilèges  commerciaux  des  marchands
français  furent  de  nouveau  proclamés  et  étendus.  L’Orient
fut  alors  pour  nous  comme  un  immense  empire  colonial  qui
reçut  nos  objets  d’exportation  et  nous  livra  les  siens,  dans  des
conditions  exceptionnellement  favorables.  Les  sanctuaires
de  la  Palestine  furent  maintenus  en  la  possession  des  religieux ­
  latins,  en  dépit  des  prétentions  des  orthodoxes  soutenus ­
  par  la  Russie.  Les  Capitulations  de  1740  sont  encore
la  loi  des  Français  de  l’empire  ottoman  ;  mais  beaucoup
des  privilèges  qu’elles  réservaient  à  la  France  ont  été  étendus ­
  à  d’autres  nations,  à  presque  toutes  les  nations  de
l’Europe,  et  la  situation  actuelle  n’est  plus  comparable  avec
celle  du  siècle  dernier.
Quoi  qu’il  en  soit,  le  traité  de  Belgrade  fut  le  plus  beau
succès  obtenu  par  la  diplomatie  française  au  xvm®  siècle.
11  grandit  singulièrement  le  prestige  de  la  France  en  Orient,
parmi  les  Turcs  surtout.  L’ambassadeur  de  France  resta
E.  Druült.  —  Quest!»"  d’Orient.  4
            
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