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CHAP. XXVH. - DE LA MONNAIE ET DES BANQUES.
\aleur, on le fondit en le retirant de la eireulation, parce que sa va
leur en lingots excédait celle qu’il avait en monnaie. C’était un in
convénient qu’il importait beaucoup de faire disparaître ; mais telle
est la marche lente de toute amélioration, que, quoique Locke l’eût \
démontré sans réplique, et que les écrivains qui, depuis, ont écrit sur
les monnaies, en aient fait mention, ce n’est que dans la dernière
session du Parlement, en 181 G, qu’il a été déclaré que l’or seul était
un moyen de paiement légal pour toute somme excédant quarante
shillings.
l^e docteur Smith ne paraît pas avoir bien compris les effets qui
résultent d’employer à la fois deux métaux comme monnaie courante
tit comme moyen légal de paiement des dettes, quel qu’en soit Je mon
tant ; car il dit : « Dans le fait, pendant tout le temps que dure et con-
« tinue une proportion déterminée entre la valeur respective des dif- I
» férents métaux monnayés, la valeur du plus précieux des deux rè-
» gle celle de toutes les espèces monnayées. • Parce que, de son
temps, 1 or était le métal que les débiteurs préféraient pour acquitter
leurs dettes, il a cru que ce métal possédait quelque propriété qui lui
était inhérente, et moyennant laquelle il réglait à cette époque, comme
il devait régler toujours la valeur de la monnaie d’argent.
A 1 époque de la refonte des monnaies d’or, en 1774, une guinée
nouvellement frappée à la Monnaie ne s’échangeait que contre 21 sbil-
lings dégradés ; mais sous le roi Guillaume, la monnaie d’argent étant
également dégradée, une guinée nouvellement frappée s’échangeait
contre 30 shillings. Là-dessus M. Buchanan fait 1 observation sui
vante ; « Voici donc un fait très-singulier, et duquel les théories reçues
« n’offrent aucune explication ; nous voyons à une époque la guinée
» s’échangeant contre 30 shillings dégradés ( qui était sa valeur iu-
“ trinsèque), et plus tard cette même guinée ne s’échangeant plus
» que contre 21 de ces mêmes schillings dégradés. 11 faut nécessai-
» rement ([u’il se soit opéré quelque changement remarquable dans
» 1 état des monnaies entre ces deux éj)oques, changement sur lequel
» le docteur Smith ne donne aucun éclaircissement. »
11 me semble que la solution de cette difficulté est très-aisée, si l’on
explique la différence dans la valeur de la guinée aux deux époques
mentionnées, par les di/ferenies quanlilés de monnaie d’argent dé
gradée qui se trouvait en circulation. Sous le règne du roi Guillaume,
* or n’était pas un moyen légal de paiement, il n’avait qu’une valeur
convention. Tous les forts ])aiements étaient vraisemblablement
faits en monnaie d argent, surtout en raison de ce que le papier-mon-