CARACTÈRES ESSENTIELS AU POINT DE VUE ÉCONOMIQUE
de fer par l’Etat, et le réseau s'était accru au cours des temps de
façon à lui maintenir encore à ce puint de vue une situation excep-
tionnelle. En 1913, la longueur totale des lignes en service était de
4.637 kilomètres, dont la presque totalité exploitée par l'Etat, et la
plus grande partie à double voie. Il faut y ajouter 4.892 kilomètres
de chemins de fer vicinaux, dont l’importance économique ne saurait
Être exagérée. Quant au trafic, inutile de dire qu'il était d’une inten-
sité peu commune : avec 1.055.000 voyageurs par kilomètre et 52.000
tonnes de marchandises, les chemins de fer de l’Etat seuls nous met-
taient en tête des exploitations similaires. On conçoit immédiatement
l’importance stratégique de ce réseau aux mailles serrées, qui permet-
tait le déplacement rapide de troupes dans toutes les directions.
Au point de vue du chômage, il convient de signaler une parti-
cularité intéressante du système des chemins de fer belges : grâce
à des tarifs extrêmement réduits, une large portion de la population
ouvrière utilisait les chemins de fer, soit tous les jours, soit une fois
par semaine, pour se rendre au siège de son travail. D’après une étude
approfondie, à laquelle l’auteur de ces lignes s’est livré en 1910,
on pouvait évaluer à 320.000 le nombre d’ouvriers qui utilisaient
en une année les coupons de semaine à prix réduits. De la sorte, une
grande partie de la classe ouvrière pouvait résider à la campagne et
trouver cependant dans l’industrie une occupation rémunératrice (1).
Un mot enfin de la situation financière. L’épargne était une vertu
belge. L’épargne des petites gens était en grande partie concen-
trée à la Caisse Générale d’Epargne et de Retraite qui gérait un
capital total de près d’un milliard et demi de francs en ses divers
services. La Bourse de Bruxelles, située à proximité des grands marchés
financiers de Londres, Paris, Berlin procurait un placement aisé
à une fortune mobilière évaluée en avril 1914, à huit milliards de
francs. La Banque Nationale, gérée avec prudence et habileté depuis
un demi-siècle, assurait un taux de l’escompte extrêmement bas
et garantissait sans effort une circulation financière d’un milliard
de billets. Le cours du change était partout favorable. Les finances
de l’Etat étaient aussi prospères que celles d’aucun autre grand
Etat européen ; les impôts, extraordinairement modérés, le budget
de 1912 étant de 895 millions, soit 118 francs par tête d’habitant.
La dette publique n’était que de 4.613 millions soit 615 francs par habi-
tant, et le 3°, était coté de 75 à 80. La fortune générale du pays
était évaluée à la veille de la guerre par un expert bien informé à
(1) V. ERNEST MAHAIM, Les Abonnements d’ouvriers sur les lignes de chemins de
fer belges et leurs effets sociaux. (Notes et Mémoires de l’Institut de Sociologie Solvay),
Bruxelles, 1910, p. 32.