= PRINCIPES D’ÉCONOMIE POLITIQUE
la monnaie devait rester la même, il en résulterait que son
rapport d’échange avec les autres produits changerait néces-
sairement : sa rareté relative lui conférerait un plus grand
pouvoir d'acquisition, ce qui veut dire qu’il y aurait une
baisse générale des prix. Mais si on suppose que la produc-
tion de la monnaie augmente dans la même proportion que
toutes les autres marchandises, alors en effet il n’y aura
rien de changé dans les valeurs et les prix et aucun signe
extérieur ne révélera au public qu’il nage dans l’abondance.
La théorie des débouchés est donc parfaitement fondée en
tant que théorie pure, mais en fait l’accroissement de la
production ne se manifeste jamais dans les conditions
voulues par ladite théorie. Il n’y a pas une chance sur un
million de voir un accroissement simultané et égal dans
toutes les branches de la production. C’est par à-coups, par
poussées intermittentes et localisées, que l’accroissement de
la production se manifeste...
Et généralement elle n’a lieu que dans les produits manu-
facturés, c’est-à-dire là où il est déjà abondamment pourvu
aux besoins et où la surproduction implique plutôt un gas-
pillage de travail et de capital — et bien rarement dans
l’agriculture ou la construction de maisons, là où au con-
traire elle serait la bienvenue parce que les besoins y sont
encore bien loin de la limite de saturation.
Voilà pourquoi la loi des débouchés, quoique vraie en
principe, n'empêche pas d’incessantes ruptures d’équilibre
dans l’échange, lesquelles provoquent des crises. Et voilà
aussi pourquoi les producteurs cherchent aujourd’hui à les
prévenir par des ententes commerciales (Cartels, Trusts), qui
sont un des phénomènes les plus caractéristiques de notre
épogne et que nous étudierons plus loin. Ils ont pour carac-
tère essentiel l’engagement réciproque pris par des pro-
ducteurs, dans une même branche d’industrie, de ne pas
produire au-delà d'un certain chiffre fixé selon l’état du
marché.
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